« J’avais passé ces années à matérialiser le Message de Mère et à tenter d’en donner le Sens, puis, à me battre pour garder intact et libre son Agenda. Mais l’essentiel restait à faire : renouer le fil de la vraie histoire, l’Aventure de l’espèce dans les cellules du corps, et comment peut-on changer tout ce système « humain » ? le prochain pas de l’Évolution avant que notre Terre ne soit détruite une fois de plus par ses habitants actuels. »

Satprem
12 Octobre 2000

Une immersion dans les carnets de notes quotidiens de Satprem, « la suite de l’Agenda », comme il le découvrit lui-même, peu à peu, dans son corps et la confirmation, si besoin en était, que Sri Aurobindo et Mère ont TOUT accompli et que le passage est  ouvert pour ceux qui veulent. Satprem se  jette à corps perdu – et gagné – dans l’Apocalypse de notre matière et nous fait la grâce de noter le processus. Nous n’oublierons jamais. Puissions-nous exprimer notre gratitude en tentant, à notre tour, de marcher dans Leurs pas.



     

TOME III

31 Juillet 1982

Ce que j’appelle « Divin », ce n’est nul Dieu des religions, mais ce qu’auraient peut-être dit quelques poissons précurseurs audacieux d’il y a des âges : c’est le prochain oxygène ou le prochain soleil. De même, j’ai repris le langage de Mère, qui me parlait dans le cœur, et je dis parfois « Seigneur », mais ce n’est nul Seigneur biblique ou évangélique : c’est le prochain maître de la Terre, ou le maître de la prochaine Terre.
Mère disait : « le prochain Divin » !

14 Novembre  1982

…Le but n’est pas de devenir puissant, mais d’éveiller de l’intérieur la conscience et le pouvoir des cellules — cela n’a rien à voir avec les siddhi (pouvoirs yoguiques) ou le « pouvoir spirituel », c’est tout à fait autre chose. J’ai compris que seuls le Suprême et le Pouvoir suprême peuvent faire le travail; il faut un contact direct entre le Divin Suprême et l’âme qui aspire — rien entre, pas d’intermédiaire, ni dieux ni déesses. C’est quelque chose d’absolument nouveau qui n’a rien à voir avec les vieux pouvoirs, même les plus grands pouvoirs qu’on connaisse. En clair, c’est une affaire de surrender [abandon] total, sincère et simple. Au seul Suprême, ou à Sri Aurobindo et Mère – rien d’autre. 

6 Avril 1983

N’importe quel homme sincère et un peu assoiffé de vérité doit  pouvoir faire l’expérience. 

27 juin 1983

C’est une Vie nouvelle dans le corps.

J’ai touché une vie nouvelle.
C’est un autre type de vie sur la Terre.
Vraiment, quelque chose d’inconnu parmi les hommes.
Comment décrire?
C’est une VIE, un mode de vie, une vibration de vie, un état de vie, pas un état de « conscience ». Une façon différente. Il y a un type de vie animal, il y a un type de vie végétal, il y a (je suppose) un type de vie minéral et atomique – eh bien, il y a un AUTRE type de VIE. Et c’est matériel, corporel, cellulaire, dans un être humain fabriqué comme tous les corps humains. Mais c’est AUTRE. Ce n’est plus la vieille vie qui coule avec du sang, des nerfs, des veines – tout une mécanique qui parait « dure », sèche, brutale, surtout très primitive. C’est AUTRE. Et pourtant ça se passe dans un corps animal. Mère en a parlé, l’a dit, mais… le sentir, le vivre, c’est miraculeux. C’est MIRACULEUX. Personne ne peut imaginer – c’est à VIVRE, à BOIRE, à ÊTRE, à goûter… Que dirait la pêche si elle devait dire sa succulence de pêche ? Et c’est curieux, cela s’apparente plus à la vie ou à la sensation végétales qu’à la vie et à la sensation animales – la vie animale est très brutale, excitée, nerveuse, palpitante et turbulente. Ça, c’est… Je ne sais pas, une invasion de soleil succulent : ça se goûte innombrablement, dans un milliard de cellules à la fois, comme si chaque cellule goûtait son délice particulier.   Ça a commencé instantanément ce matin quand je me suis assis tranquille, et c’est venu très-très doucement : un gonflement dans tout le corps, une sorte d’épanouissement, comme si tout ça qui était un peu dur et refermé sur soi, se gonflait partout, innombrablement, sous l’effet d’un soleil magique. Une douceur délicieuse et « gonflante », comme un innombrable groseillier, si j’ose dire, dont chaque baie s’emplirait de son propre jus solaire. Puis, c’était comme une invasion, mais très douce, délicieuse,  charmante, chaude, par tous les pores du corps, comme si ça rentrait de partout à la fois et que c’était senti, goûté, vécu innombrablement dans le corps : un suc, un nectar vraiment, le corps et chaque cellule se sentait gorgé de soleil, mais un soleil qui serait fait à la fois de nourriture, de sourire et de joie ! C’était nourrissant, comme du miel peut être nourrissant, mais il y avait en même temps comme plein de sourire et de joie et d’amour dans cette coulée de soleil. C’est MIRACULEUX. Et c’est de la VIE – pas une vie nerveuse, sanguine et battante, mais un autre type. Ça coule, ça remplit, ça respire et chauffe dans tout le corps, c’est une super-vie  – c’est DIVIN. C’est le DIVIN qui coule. On est gorgé comme un fruit. Oh ! c’est un délice inimaginable. Puis cette invasion innombrable – comme si chaque cellule, chacune de ces milliards de cellules s’emplissait de délice – cette éclosion dedans, cet épanouissement d’aise, ce gonflement de soleil et de sourire, lentement est devenu plus fort, plus dense. C’était une sorte de solidité pleine, je ne sais pas, un rayon dense, du soleil solide. On était saisi là-dedans. Il n’y avait qu’à adorer ça.  Adorer- adorer. Une adoration du corps. Ça, c’est la vie Divine. C’est Dieu vivant. C’est ÇA.
C’est la Vie qui vient.
C’est nourrissant et miraculeux.
… On comprend bien que la mort et la maladie tout simplement n’existent pas dans ce type de vie. Cela ne peut pas

2 Décembre 1983

Nous érigeons autour de nous les murs d’airain de nos lois infaillibles, qui sont seulement les hallucinations provisoires d’une espèce terrestre en marche vers la Vérité de la Terre. 

TOME IV


5 Janvier 1984

Chaque fois c’est miraculeux.
Je n’ai pas le courage de noter et d’aplatir cette Merveille.
D’abord, cette coulée de Nectar dans toutes les veines, les fibres, les cellules – comme un baume merveilleux, un onguent pour toutes les plaies de la Matière. Et ça ruisselait-ruisselait, emplissait les milliers et les millions d’alvéoles du corps d’une Jouvence – il buvait ça comme après des milliers d’années de soif. C’est étrange, c’est miraculeux, c’est impossible à dire. Pendant une heure, il a bu ça avec une ivresse divine. À un moment, j’ai senti, ou il a senti : ce sera ça, la prochaine nourriture et la respiration nouvelle – peut-être même la nouvelle irrigation du corps. Mes mots aplatissent tout, je me force à noter. Et si puissant ! S’il y a un « sommet » des corps terrestres, cela ne peut être que ça.
Mais au bout d’une heure, il s’est passé quelque chose que je ne puis pas dire, quelque chose de tellement inconnu, nouveau, que cela n’a pas d’équivalent humain. Il y a eu une lente-lente immobilité dans tout le corps, une immobilité extraordinairement dense et puissante, et là-dedans, pendant une demi-heure, il s’est passé quelque chose que je ne peux pas dire ni même définir – c’est par-delà les sensations humaines, il n’y a pas encore d’organe correspondant, même pas de traduction possible. Peut-être est-ce comme cela que la chenille devient papillon, mais quand aucune chenille n’est encore devenue papillon et aucun papillon n’est encore là pour dire ce qu’est un papillon, qu’est-ce qu’on peut dire ? On est poussé, catapulté dans l’inconnu. Mais là, je ne peux même pas dire « catapulté » – c’était étrangement rien qui était quelque chose. Une étrange immobilité. Une sensation (peut-être) de métamorphose sans mouvement. Si le corps n’avait pas eu les expériences radicales qu’il a eues, il aurait tout de suite senti : je vais mourir, ou je suis en train de mourir. C’est-à-dire que l’on quitte tout à fait les sensations terrestres connues. Et pourtant mon corps était parfaitement éveillé, il ne s’évanouissait pas, seulement il se passait quelque chose, ou quelque chose se passait en lui, et ce quelque chose était tout à fait inconnu et nouveau, sans équivalent humain – comme si on passait dans quelque chose d’autre sans bouger ! Non, vraiment je ne peux rien dire, ça a l’air tout à fait fou. C’était à la fois comme s’il se passait quelque chose d’extraordinaire, et en même temps comme si rien ne se passait ! Il n’y avait pas d’organe pour comprendre ce qui se passait. Voilà. Et cela a duré une demi-heure.
Seulement un sentiment intérieur très sacré.
Mais cela correspondait tout à fait (pour les vieilles sensations) au passage de la vie à la « mort » (« mort », c’est-à-dire quelque chose d’inconnu à la vie normale). Oui, c’est peut-être comme cela que l’on passe de la chenille au papillon. Mais là, il n’y a pas de papillon, il y a seulement apparemment une chenille qui reste ! et pourtant c’est autre chose.
Il vaut mieux que je me taise.
La seule boussole, c’est le Suprême. 

14 janvier 1984

Il n’y a pas de doute que les forces sont à l’œuvre pour détruire le mental humain ou, comme disait Mère, « démentaliser » les hommes. Et le plus étrange (ou le plus ironique) est que la Science, ce triomphe du cerveau humain, soit l’agent premier de cette autodestruction de l’intelligence collective. C’est un phénomène évolutif comparable à la disparition des branchies ou des nageoires chez les poissons. C’est l’organe central qui est atteint. C’est-à-dire que le mental humain,  dont la fonction centrale était l’observation et le discernement – nos nageoires dans le monde – est en train d’être systématiquement et on pourrait dire scientifiquement obnubilé et brouillé, détraqué sous une avalanche monstrueuse de « renseignements », d’« informations », de « découvertes », d’ « idées » toutes plus merveilleuses les unes que les autres et de slogans tous plus insidieux les uns que les autres qui s’annulent mutuellement et s’embrouillent mutuellement dans le tintamarre hautement répercuté et hypnotisant des moyens journalistiques, radiophoniques, vidéophoniques, microphoniques qui dévastent autant de consciences qu’ils dévastent de forêts. Les dernières découvertes de l’astrophysique, de la biologie, de la paléontologie se mêlent aux dernières découvertes de la spiritualité, des sectes, des yogis et des guérisseurs – tout est « découvert » et rien n’est guéri ni compris. Toutes les théories se valent et toutes les idées se valent, et plus rien ne vaut et plus personne ne sait la direction ni le sens. Les humains sont en train de perdre leurs nageoires humaines et roulent dans la boue sous la poussée des mille courants qu’ils ne savent plus maîtriser ni comprendre – ils ont tout compris et ils ne comprennent plus rien. Ils sont moins bien dotés d’intelligence et d’esprit d’observation que l’homme de Neandertal qui, au moins, savait retrouver son chemin dans la grande forêt primitive. Il n’y a plus de chemin, il y a des millions de chemins et tous se valent et sont également nuls – également vrais, également faux. Il n’y a plus de vérité : tout est suspect…  Il n’y a plus d’Église, il y a mille Églises; il n’y a plus de Kremlin méchant et de Maison Blanche vertueuse – les vertus sont devenues méchantes, et quelquefois les méchancetés ont des vertus. C’est-à-dire la boue complète dans les ex-esprits humains. La « catastrophe » ne sera pas nucléaire : elle est déjà, et c’est une catastrophe mentale. Ils n’ont même plus assez d’intelligence pour s’apercevoir de leur catastrophe et ils continuent d’inventer de super-moyens et de super-slogans pour masquer leur déficience fondamentale – on n’a jamais autant écrit de millions de livres pour des esprits nuls (à moins que ce ne soit pour annuler les esprits), on n’a jamais eu autant de millions de renseignements pour désenseigner les intelligences.

Quand une espèce perd son organe central, c’est qu’elle doit en inventer un autre, ou mourir, ou céder la place à l’espèce qui saura inventer l’autre organe… Non, le temps n’est plus d’« expliquer » aux hommes – ils n’entendront rien -, c’est le temps de FAIRE.
Il faut développer l’autre organe.

19 Mars 1984

Ce n’était pas quelque chose
qui m’arrivait :
« je »faisais partie de
quelque chose qui arrivait.
Ça arrivait.
Il n’y avait pas de je,
il y avait un
ÉVÈNEMENT.

C’est à peu près impossible de dire ni même de comprendre ce qui s’est passé ce matin.
Je peux essayer quelques approximations (par devoir).
D’abord, dès que je me suis assis, c’était : la vie change complètement de sens ! (la vie au sens où les physiologistes et les naturalistes l’entendent). Il y avait cette fantastique intensité de succion des millions de fibres de la vie dans le corps, et ce n’était plus la même vie qu’elles pompaient. Les racines étaient tout à fait retournées, c’était un autre milieu – un milieu sans mort dedans. C’était cela, la sensation dominante : il n’y avait plus de mort là-dedans. C’était d’une formidable intensité, ces millions de fibres qui buvaient, pompaient – autrefois il y aurait eu une sorte de crainte ou d’inquiétude que « cela éclate »; mais pas du tout ! Les cellules, les fibres, enfin toute cette puissance primitive du corps, non seulement n’avaient pas de crainte mais elles n’avaient même pas besoin d’avoir de « foi » – il n’y avait pas besoin de foi ! le Divin, c’était un FAIT, comme le soleil et la pluie, et elles buvaient ce soleil et cette pluie. C’était vraiment un nouveau MILIEU, qui n’avait plus rien à voir avec tout le sol primitif, et le FAIT est qu’il n’y avait pas de mort là-dedans. Et c’était la puissance, on peut dire fantastique, de ces millions et milliards de fibres qui pompaient la vie nouvelle.
Mais alors, tout d’un coup est venue une Masse solaire. Je ne sais pas si ça venait d’en haut, d’en bas ou du dehors – tout le corps étais pris dans le Divin, faisait partie du Divin, était absorbé par le Divin, et c’était un Soleil, mais un Soleil qui ne brûle pas, une formidable Puissance dense, immobile, solaire, nourrissante (c’est à dire vivante) – Divine. Et il n’y avait plus du tout de « je » corporel là-dedans, il n’y avait plus de mon corps et le Soleil : il y avait une même chose physique qui donnait la sensation d’un Soleil compact et immobile où tout était UN, le corps compris. C’était surtout cela qui dominait : plus de  je corporel, plus de limites ou de séparation corporelle, plus de petite « crique » au sein de laquelle se déroulait quelque chose – il n’y avait plus de « crique » ! il y avait seulement partout et en parfaite continuité une seule Masse solaire dont cette espèce de corps faisait partie. Il n’y avait plus de « suppportable» ou « insupportable » : ça faisait partie, c’était la même chose –  ça se supportait très bien soi-même !
J’ai appelé Sujata pour qu’elle touche un peu le phénomène. Elle est restée longtemps avec ses mains dans les miennes. Je ne sais pas ce qu’elle a senti.
L’impression vers la fin : Mère là, Sri Aurobindo là, une prise de possession par le Divin – Ils étaient là.
Peut-être appelle-t-on cela le « Supramental », mais c’était Mère-Sri Aurobindo comme dans le corps ou mon corps dans le leur – il n’y avait qu’UNE chose et pas deux, et pas de «mon» «ton» «son» là-dedans.
Et puis :  l’Œuvre Divine sur la Terre.
Une sorte de sensation : « ça arrive », « c’est », « ça se fait » – l’Œuvre se réalise (ou est en voie de réalisation).
Une espèce de de certitude ou d’assurance : l’être nouveau se fait. Le DIVIN EST . Pas de « Satprem qui fait ou se laisse faire », non, : le DIVIN EST LÀ. Voilà. Et Il (Elle) est là physiquement, dans la Matière. Et Il (ou Elle) fait ce qu’Il ou Elle veut, sans embarras.
Un « évènement », oui : quelque chose qui ARRIVE (pour la Terre ou sur la Terre).

19 Juin 1984

Quand un vieux Primate a cessé de croire aux singes, c’était un grand pessimiste – mais c’était un optimiste de l’Humain. Félicitons-nous de son pessimisme. Soyons l’optimiste de l’Être Nouveau. 

8 Juillet 1984

Seulement, c’est plus facile de glisser dans l’amertume que d’attraper le vieux chagrin de la vie et de le marteler dans la forge intérieure afin qu’il se change en la vraie vie. 

23 Août 1984

Tout ce travail de transformation, on ne peut pas le faire pour soi – c’est justement ce « pour soi » qui doit disparaître ! 

31 Août 1984

L’Apocalypse, ce n’est pas la fin du monde, c’est la fin de la mort (et de ceux qui ont  un peu trop ardemment  épousé  le règne de la mort et du mensonge).

 

10 octobre 1984

Cette For-mi-da-ble Densité Bleue.

Comme le chaudron originel.
La Substance même dont toutes les formes et tous les mondes ont été faits.
La Puissance même qui a modelé toutes ces formes et tous ces mondes.
Une adhésion TOTALE du corps.
Une Impossibilité qui EST. Qui devient.
Il va y avoir des changements sur la terre.
Et TOUT le corps SAIT que c’est Toi – mais si absolument, si totalement, si simplement, qu’il n’y a pas de désintégration, pas de cataclysme, mais Toi Toi Toi qui deviens.
Un coin de terre où Tu peux te glisser.
C’est tout à fait formidable et Divin.
Ça pourrait tout détruire et ça peut tout remodeler.

 

18 décembre 1984

Il semble y avoir une action spéciale dans le cerveau. Je l’avais déjà remarqué depuis deux jours, mais cette après-midi c’était tout à fait inusité (!) La Pression montait-montait, cette Puissance dense devenait de plus en plus dense et compacte dans le cerveau, on avait la sensation que toute la matière cérébrale se mettait à bouillir et devenait une Masse compacte, à la limite de l’éclatement, et une fièvre !… Mais alors, le corps était si tranquille, si confiant – même pas « confiant » : il SAVAIT, il avait la CONNAISSANCE dans son corps : « c’est Mère, c’est Sri Aurobindo « , et il se laissait faire totalement et sans l’ombre d’une anxiété. Mais c’était formidable ! ET alors, quand la densité cérébrale est devenue archicompacte, j’ai senti comme un « aimant » au-dessus qui TIRAIT irrésistiblement toute cette Puissance, ou ce trop-plein de Puissance, au-dessus de la tête et hors de la tête. Puis, quand le trop-plein ou « l’excédent » est sorti, une nouvelle Masse de Puissance brûlante et dense a immédiatement pris la place de ce qui était sorti et de nouveau c’était la bouilloire compacte. Et encore une fois cet Aimant irrésistible a tiré la Puissance dense au-dessus de la tête – et ainsi de suite. Comme des vagues denses de feu compact qui emplissaient la matière cérébrale, la gonflaient au maximum, puis étaient aspirées ou « aimantées », tirées au-dessus et en dehors de la tête.

C’était formidable de proportion.
ET c’était si MERVEILLEUX de savoir-sentir que c’était Toi. Le corps se disait :
« oh ! quelle grâce que la Terre connaisse cette expérience-là ! » Il sentait que c’était la Terre qui  avait l’expérience, une première expérience de Ça à travers une vieille matière animale.
Il se passe quelque chose, c’est sûr !
J’ai laissé l’expérience ou « l’opération » se dérouler sans arrêt pendant une heure et demie. Je ne sais pas ce qu’Ils veulent faire, mais Ils VEULENT quelque chose, c’est sûr ! 

TOME V


9 janvier 1985


Ce matin, encore une fois, j’ai fait l’ « opération sauvage »,  tout retourné au soleil,  grain par grain.

Cette après-midi : un Bain de Feu.
Quelque chose de tout à fait impossible, invivable, physiologiquement dément -impossible. Et pourtant c’est possible, et pourtant c’est. Et comment c’est possible, je ne sais pas. Logiquement, physiologiquement j’aurais dû en mourir – éclaté, pulvérisé (ou bouilli plutôt!). Si je ne suis pas mort c’est ou bien que la mort n’existe pas, ou bien qu’il y a un type de vie qui échappe complètement aux lois de la Matière.
C’est tout ce que je peux dire.
Pendant une heure quarante sans arrêt.
Du Feu vivant. De la lave en fusion.
Je n’ai jamais vécu ça à ce degré.
C’est au-delà de la mort et au-delà de la vie – quelque chose d’inconnu.
Un autre type de vie.
Le démenti à toutes les soi-disant « lois de la Matière.

20 janvier 1985

Comme s’il n’y avait plus de limite à l’expansion de la conscience matérielle, cellulaire ! Enfin ! un corps tient ensemble debout et dans sa peau par une certaine coagulation de la conscience cellulaire, c’est comme un sac auquel il tient beaucoup, et tout ce qui change l’équilibre de ce sac ou de cette enveloppe provoque une panique mortelle. Mais alors (surtout depuis hier), sous la Pression formidable de cette Puissance bleue, le corps a commencé à se laisser aller – et puis ça allait, ça allait, ça allait, comme s’il se répandait. Et ce qui était tout à fait extraordinaire c’est qu’au lieu de sentir l’éclatement possible, au lieu de sentir l’écrasement de la pression bleue, au lieu de sentir qu’il pouvait se pulvériser au bout de ce gonflement formidable, comme un ballon qui éclate quand on le gonfle trop, il se laissait aller-aller-aller, avec une connaissance définitive : c’est la Loi nouvelle. Et alors il n’y avait plus de limite à l’étalement de cette conscience cellulaire, matérielle – enfin ce truc immuable et bien enfermé dans sa peau – ça s’étalait, s’étalait, sans la moindre crainte. Enfin ce processus tout à fait anti-naturel et anti-physiologique était vécu lucidement, calmement et avec un DON TOTAL à la Loi nouvelle – le corps SAVAIT ! Tout de même, j’aurais cru que, passé une certaine limite, ce corps pouvait fort bien se pulvériser ou se désintégrer comme dans un espace interstellaire sous l’effet d’une autre gravitation ou d’une non-gravitation, mais non ! Ça se répandait, répandait, répandait matériellement, et c’était solide et en même temps souple comme un océan, et en même temps un CORPS ! Un corps étalé ! a-t-on jamais vu ça !

Je n’arrive pas à comprendre. Mais c’est vécu. Et surtout, je suis tout à fait épaté par ce corps qui se laisse larguer de toutes ses amarres, ses millions et milliards de micro-amarres, et qui se répand, fait voile partout tout en restant un corps ! C’est incompréhensible. Mais c’est un fait.
Et c’était tout bleu -bleu saphir – comme un océan, mais un océan solide ! une solidité mouvante et sans centre particulier; comme autant de gouttes dans l’océan. Et pourtant en restant un corps ! C’est vraiment contraire à toutes les lois possibles et imaginables.
Et puis aucune-aucune peur ! enfin cela aurait dû être une panique à bord de cette coque-là; eh bien non ! il savait que c’était l’AUTRE LOI.
Il faudra du temps pour comprendre.

 

5 Février 1985

Je comprends de plus en plus et de mieux en mieux, si profondément ce que Sri Aurobindo et Mère sont venus faire – l’Espoir matériel qu’ils représentent. Alors, toutes leurs « libérations » et leurs « saluts » célestes apparaissent comme des espèces d’idioties qui voisinent l’imposture. 

10 mars 1985

L’HEURE DIVINE EST LÀ !

LE CORPS SAIT !
LE CORPS SAIT !

Pendant une heure quarante-cinq cet après-midi, le corps dans ses milliards de cellules a vécu totalement le Secret Merveilleux. IL SAIT ! IL SAIT !
La Merveille est .
Il sait parce qu’il a pu supporter ÇA.
C’est dans la Matière que se trouve le secret parfait – et splendide.
L’essence de l’Être Nouveau est née.
(Si je puis dire, car elle était toujours là, mais elle est dé-couverte.)
Une trouée a été faite dans le filet noir du monde. »
… Dire que chaque homme a ce Merveilleux secret dans la peau et personne n’en veut ! La « stratigraphie » est dure, certainement, mais elle devrait devenir de plus en plus facile à mesure que des êtres fouleront le chemin. 

14 Juin 1985

Le seul espoir c’est la formation d’un premier être nouveau qui ne se laissera pas « ravaler » ou contaminer par la pollution générale, puis qui « essaimera » et fondera le premier noyau de l’espèce nouvelle. Mais on voit bien comme on est physiquement cerné  de tous les côtés par la Barbarie montante. 

TOME VI


9 Janvier 1986

C’est une nouvelle porte qui s’ouvre dans la matière.

18 Janvier 1986

… Mais il a bien fallu, un jour, qu’un vieux Poisson essaye de respirer la nouveauté de l’air libre  c’est physiquement comme cela. C’est difficile. Et les répercussions… on ne sait pas. Le Nouveau, c’est par essence inconnu (!). Il faut faire un trou à travers la vieille coquille de l’être animal-mental que nous sommes — et vouloir de toutes ses forces, de toute son âme, autre chose que cette abominable vie humaine. Cette aspiration intense vers… Ça, et le Mantra font automatiquement le travail. Mais pour cela, il faut une honnêteté farouche : ne pas vouloir se “raconter des histoires”— vouloir totalement Autre Chose que toutes les merveilles ou les abominations humaines…

 

25 Août 1986

Depuis hier après-midi, il se passe quelque chose de tout à fait inattendu, en ce sens que je n’imaginais pas que cela puisse se passer « comme cela »
– mais, dans tous les cas, je ne savais pas du tout comment cela pouvait « se passer ».

Il y avait cette masse bleu saphir qui montait et montait d’en bas et venait cogner  « là-haut », dans cette boîte crânienne, comme des coups de boutoir, et je pensais-imaginais qu’un jour ça allait éclater, s’ouvrir là-haut et que tout allait filer… je ne sais où – dans Ça. Et ce « dernier coup de boutoir » n’arrivait pas à se produire, et il y avait ces névralgies suppliciantes. Et puis, vaguement, sans que je comprenne très bien ce qui se passait, hier après-midi (et encore plus clairement et abondamment aujourd’hui) j’ai senti qu’au bout de cette vague bleu-saphir, qui n’arrivait pas à éclater là-haut, il y avait quelque chose qui se produisait, comme une descente (mais je ne sais pas si c’est  »descente » ou invasion) enfin une MASSE SOLIDE, quelque de chose de solide comme une montagne,  qui descendait lentement, dans tout le corps, tous les membres, immobilisait tout – plus de névralgies là-dedans, plus de « centre » là-dedans – et prenait tout. Et alors la sensation : l’ABSOLU DIVIN. Un ABSOLU solide comme une montagne (je dirais : Sri Aurobindo + Mère). Et aujourd’hui, le même phénomène s’est déroulé, mais alors continûment, c’est-à-dire que cette vague bleue-saphir montait-montait et quand elle arrivait « au bout du parcours » au lieu d’éclater là-haut, il y avait cette pénétration ou cette descente solide comme une montagne, et quand cette « Montagne » arrivait en bas du corps, une nouvelle vague bleu-saphir montait-montait, et de nouveau cette Masse solide descendait-descendait – et ainsi de suite. Et alors, ce qui semblait un peu crucifiant ou suppliciant dans cette montée bleu-saphir était comme saisi, pris, immobilisé, envahi, solidifié par cette Descente Massive – et c’était l’ABSOLU. Plus de douleur, plus de moi, plus de rien : TOI, ÇA – le Toi Merveilleux comme une montagne vivante dans le corps (ou plutôt : le corps dans une montagne vivante). Alors, plus question d’ « éclater » : c’était tout PLEIN.  Je ne sais pas très bien dire. 

14 septembre 1986

Une  Masse de plus en plus dense qui monte, une Masse de plus en plus dense qui descend.
C’est indescriptible et agonisant et sublime, au-delà de toute physiologie humaine. Il n’y a que le Suprême qui puisse faire cela et vous donner la Grâce de subir cela. Mais une Grâce inouïe – comme une Grâce pour la Terre.
C’est comme un grand cataclysme de la nature qui se déroule dans le corps.
C’est certainement cela que Sri Aurobindo appelait le « supramental ».
 Comme si l’on entrait de plus en plus au cœur d’un Soleil écrasant.
Pendant une heure vingt cinq. (J’ai arrêté, mais ça continuait.) 

30 octobre 1986

Le processus devient tout à fait tangible (!) et clair -vécu. Toute notre vie, depuis notre premier souffle au monde, nous sommes enveloppés, entourés, enfermés dans une invisible muraille de mort, et cette muraille, nous ne la traversons qu’au moment de mourir (pour nous apercevoir que la Vie est de l’autre côté !). Or, quand ce volcan d’en bas monte par vagues de plus en plus denses et va toucher ou déclencher ou appeler – provoquer – ce volcan d’en haut qui descend par masses de plus en plus denses, de plus en plus denses, tout le corps a la sensation d’être écrasé, raplati, écrabouillé, recroquevillé, réduit à l’état d’une espèce de microscopique poupée – d’un grain, comme dans une implosion. MAIS c’est la traversée de cette muraille de mort…que l’on fait tout vivant !… pour retrouver la Grande Réalité Une, Totale, faite d’Amour, la Vie enfin, la vraie Vie. Et c’est au moment de cette traversée, dans cette espèce d’écrasement « insupportable », qu’il ne faut pas se tromper de réalité et prendre la Vie pour la mort ! C’est cela qui se vit peu à peu, par vagues successives ou par « écrasements » successifs. Et on comprend que cela ne peut pas se faire tout d’un coup.

Mais le corps COMPREND.

 

TOME  VII


23 Juin 1987


Je dirais plus volontiers aux apprentis hommes : vous êtes vêtus d’un certain scaphandre évolutif qui vous colle étroitement à la peau et au cerveau, et à l’intérieur de ce scaphandre vous avez un certain nombre d’idées et d’illuminations, de plaisirs et de peines, d’ingéniosités scaphandreuses et hasardeuses, de lois, et la mort finalement, mais en dehors du scaphandre, c’est autrement — allez chercher la sortie, si vous avez l’esprit d’aventure, c’est dans votre propre corps. 

9 juillet 1987

Décidément, il y du Nouveau -du vrai NOUVEAU.

Déjà hier,  c’était perceptible (je veux dire « analysable »), mais aujourd’hui – ce matin et cette après-midi – c’était très clair et suffisamment prolongé pour percevoir en détail et objectivement le phénomène. D’abord, au bout de quelque temps, il y a cette énorme Masse qui descend lentement et puis aussitôt ce très extraordinaire « soulèvement » comme si on enlevait un manteau de mes épaules, cette carapace de douleur qui tire et se tend et se cramponne comme du fer. C’est très extraordinaire de sensation, cela fait l’effet d’un miracle : il y avait ce Manteau de fer, et puis ça se soulève, se décolle du corps, et pfft… plus cet encerclement ou cet enserrement de fer, et alors… (ce n’est qu’un prélude). Oui, c’est là que commence la « suite » du phénomène : des Masses et des Masses si for-mi-da-bles – impensables, inimaginables, enfin ça n’existe pas ! (ou ça n’existait pas !) et ces Masses passent comme si le corps n’avait plus de limites, ou plus les limites habituelles. D’habitude, on est encerclé et enfermé par d’innombrables gardiens invisibles qui font une pression artérielle, des nerfs (Dieu sait !), et un cerveau soumis à une certaine tension au-delà de laquelle il y a des « maux de tête » – enfin toutes de sortes de signaux et de barrières que l’on ne touche pas d’habitude ou que l’on ne dépasse pas d’habitude à moins de dégâts ou de leçons pénibles. Eh bien, toutes ces limites-là étaient comme disparues ou englouties dans ces Masses formidables, de plus en plus formidables qui non seulement traversaient le corps mais semblaient l’envelopper de toutes parts, comme si le corps ne recevait plus quelque chose d’ « étranger » qu’il avait du mal à assimiler, mais faisait partie de ces Masses, se mouvait avec elles, on pourrait presque dire était fondu dans ces Masses sans pour autant perdre son propre sens corporel. C’était tout une seule Chose. Mais alors des Masses si « impossibles », si… (il n’y a aucun mot), mais ce n’était pas « impossible », il n’y avait plus ces barrières, il n’y avait plus ces limites physiques, comme si le corps se disait à lui-même : eh bien, si j’étais encore comme il y a dix minutes à sentir toutes mes vertèbres, j’éclaterais ou je casserais ou je me désintégrerais – ces Masses mêmes lui faisaient sentir qu’il n’avait plus les mêmes limites. Et s’il y avait d’autres limites, il ne savait pas où elles étaient. Et pourtant il était debout sur deux pattes.
Cette après-midi, le Phénomène a duré pendant une demi-heure peut-être (au total je suis resté dans l’opération pendant une heure dix).
Oui, on pourrait dire que c’est le scaphandre habituel et mortel qui n’était plus là.
Il faut voir comment ça se développe…
(Il y a un St Thomas en moi (!) qui doit avoir beaucoup de certitudes avant d’en avoir une seule !) 

27 Août 1987

Je trouvais si belle la devise des humanistes : Homo sum et nihil humani alienum puto [Je suis un humain et rien de ce qui est humain ne m’est étranger]. C’était le premier éveil en moi. Je me sens parfaitement humaniste, et en même temps parfaitement outragé par l’humanité telle qu’elle est. 

4 Novembre 1987

Toutes nos “lois” sont seulement les lois de notre prison. Il y a une connaissance du corps qui voit à travers les murs et qui lui permet de saisir la prochaine loi en dépit des impossibilités et des représailles de la loi présente.

 

8 Novembre 1987

Il est naturel, il est inévitable que chaque transition ou mutation d’une espèce à une autre représente un acte de mort de la part du ou des spécimens qui font la transition ou la mutation à l’espèce prochaine. Le tout est d’apprendre à survivre à cet acte de mort ou à vivre cette mort.  La mort est “simplement” la frontière qui sépare une loi d’une autre. Ce n’est pas un phénomène inévitable, c’est seulement difficile. Disons, inhabituel. Nous nous trompons complètement en voulant apporter des “remèdes” au cancer de la vieille espèce — il faut changer d’espèce.

… L’Homme représente non seulement la possibilité d’opérer consciemment et volontairement sa propre transition ou mutation, mais au lieu de transporter les “qualités” matérielles essentielles de la vieille espèce dans la nouvelle, il représente la possibilité d’aller à la racine du Malheur qui a frappé toutes les espèces telles que Darwin les a vues et de défaire  ce Malheur pour instaurer une nouvelle évolution qui ne sera plus fondée sur l’Inconscience, la Douleur, l’Erreur et tout le reste de nos tâtonnements évolutifs. La grande Séparation de tout et de tous.

 

TOME VIII


Nuit du 24 25 Janvier 1988


(On a l’air de ne pas savoir beaucoup de choses que l’on sait!
ou de savoir beaucoup de choses que l’on ne sait pas!)

L’intuition, c’est de savoir  ce que l’on ne sait pas!
La raison est de ne pas savoir ce que l’on sait! 

23 Avril 1988

Je  voudrais traverser ce Mur qui empêche que la Vérité, la Beauté, l’Amour, la Joie, la Vastitude envahissent la matière.

27 Avril 1988

On voit de plus en plus, dans les évènements et dans les moindres détails de la vie matérielle, que tout est fait pour étrangler. Nous sommes dans un processus d’auto-strangulation accéléré. Il faut trouver la solution à cette fin de l’Homme et à ce début d’autre chose – il n’y a pas à “améliorer” l’homme, il faut sortir de l’homme…

 

14 juillet 1988

Je ne sais plus du tout ce que veut dire « la vie », telle que les hommes l’entendent. Je suis seulement une matière en proie aux douleurs et convulsions d’un monde inconnu. Mille fois j’ai dit, et je me répète (à moi-même) que l’on ne peut pas faire ce travail pour soi -pour son illumination, son ceci, son cela et tout le bataclan spirituel des libérations – parce que c’est la démolition complète – complète – de tout ce qu’on appelle « pour soi ». On peut faire cela seulement pour la beauté de Dieu. Et parce que tout notre truc est assez ignoble. Le mérite de notre époque c’est que l’on peut s’apercevoir que c’est assez ignoble. D’où la solution possible, la seule solution : trouver la porte du corps. Tout le reste est pourri et frauduleux ou périmé. Dans un océan envahi par les requins, le dernier ou les derniers petits poissons ne chercheraient pas d’autre salut. 

25 août 1988

Je n’ai jamais-jamais subi pareille chose.

Tout le corps sent qu’il est broyé, aplati (même les os), réduit à une boule de matière ou à une bouillie de matière prête à se désintégrer.
On traverse la douleur seulement avec ce cri de Toi-Toi seul !
Il y a deux ans que je suis dans ces Masses descendantes.
Et pas un seul jour cela n’a cessé d’être plus massif et plus écrasant.
Je ne sais pas ce que tout cela veut dire.
En tous cas, cela veut dire que nos lois physiques et physiologiques ne valent rien –RIEN.
Il y a autre chose.
Est-ce qu’on sera capable de l’autre chose? 

10 octobre 1988

Cette « valve centrale » et cet « axe central » existent bel et bien. C’est même une découverte capitale -découverte du corps. Cette « valve » se situe (si l’on trace un axe vertical depuis le sommet du crâne jusqu’au sol en passant par le milieu du cerveau et du corps) quelque part au milieu du front ou entre les sourcils – et « l’axe » descend derrière le nez, la bouche… etc. et par le centre de la colonne vertébrale. Des dizaines de fois, le corps avait bien perçu « quelque chose qui se passait » au niveau de cette « valve », vers le centre du front ou entre les sourcils, mais sans comprendre le fonctionnement : il était simplement balloté par cette Masse de foudre comme la coque d’un bateau dans une tempête. Et maintenant, il perçoit clairement le jeu ou le fonctionnement ou le mécanisme de cette « valve » et cela semble changer singulièrement la situation et la résistance de fer dans tout le dos. Mais il est encore trop tôt pour en parler, et surtout pour parler des effets singuliers dans tout le mécanisme anatomique (ou « squelettique » !). Il faut voir comment cela se développe. Mais c’est difficile – c’est sur-humainement difficile à supporter sans lâcher une fraction de seconde.

Cette « valve » et cet « axe » correspondent probablement à ce que la Connaissance indienne appelle « sushumna » et à ce que les Chinois (m’a dit Claude) appellent le « grand Yang », mais c’est beaucoup plus physique que tout ce qu’ils connaissent, parce que cette fameuse « Kundalini », je la connais depuis des décades et elle fonctionne comme je respire, mais ce n’est rien à côté de « ça », c’est comme un joli petit ruisseau à côté d’un Niagara – un Niagara Total, pas un « filet ».  Mais nous en reparlerons quand ce sera plus clair (ou plus « maîtrisé », si je puis dire parce que c’est le contraire d’une maîtrise individuelle !) Le fait important, c’est qu’il y a « quelque chose qui commande », c’est une valve « gouvernante », c’est comme si le corps découvrait le gouvernail de son bateau ! (mais ce n’est pas lui qui manœuvre !) (Allez donc manœuvrer le Niagara !)

(D’ailleurs, dans tous les cas, c’est le contraire de la Kundalini puisque ça fonctionne de haut en bas et non de bas en haut !)

 

7 décembre 1988

Pendant tant d’années j’ai été à la recherche de la « position » correcte pour supporter « ça », et c’était à la recherche de la respiration correcte qu’il fallait aller. (Mais évidemment il faut du temps et quelques soubresauts pour que le poisson arrive à respirer « correctement » l’autre air !

 

TOME IX


4 mai 1989


De fortes douleurs cardiaques pendant un quart d’heure, vingt minutes   (je travaillais allongé sur le dos). Je me suis assis, et au bout d’une quinzaine de minutes (j’appelais Mère) est venue une étrange salivation très fluide et très abondante qui est  descendue et a coulé dans ma gorge, et… la douleur s’est arrêtée.

… J’ai parlé de cette salivation à Sujata, elle m’a tout de suite dit : est-ce que ce n’est pas le nectar ? (amritam ?)
Je ne sais pas, cela n’avait pas particulièrement de goût (autant que j’ai pu me rendre compte dans cet état), mais c’était étonnamment  fluide.  Et très abondant : ça coulait dans la gorge.
… Je note aussi que quand la douleur du cœur s’est arrêtée, la « salive s’est arrêtée aussi. Mais dès que cette « salive » est descendue, j’ai tout de suite noté (le corps s’est tout de suite aperçu, ou a senti) que ce n’était pas « naturel », que c’était quelque chose de « particulier ». Si cette « salive »-là coulait tout le temps, ce serait un fonctionnement qui ne serait pas pareil (dans tout le mécanisme habituel du corps, peut-être même dans les vieilles nécessités de nourriture). Probablement la sustentation du corps serait différente et les douleurs ne pourraient pas venir. « Ça » les empêcherait de venir -cela ne viendrait pas « après coup » mais avant coup si je puis dire.
Finalement, je crois bien que c’est ce fameux « nectar » de la tradition indienne. Mais je me méfie toujours des « étiquettes » – j’aime mieux les faits. cette après-midi c’était un fait.

Nous ne connaissons que les mécanismes animaux du corps, mais il y a peut-être des mécanismes divins (!)

 

26 Mai 1989

De nouveau cet extraordinaire phénomène des « Masses flottantes » ou « fluides », pendant quarante-cinq minutes cet après-midi. Au début, pendant les vingt-cinq premières minutes, c’était ce même écrasement de foudre et de feu qui traversait et pilonnait et déchirait cette espèce de ferraille de mon dos – vraiment un manteau de métal douloureux, et puis, il y a eu une Masse encore plus forte, et… ça s’est mis à rouler comme une marée à travers mon dos – ça pouvait tout écraser, mais ça roulait et ce corps roulait dans cette marée sublime, vraiment comme si le corps, mon dos, avait changé de texture : au lieu de traverser du fer, et d’écraser du fer, ça passait comme à, travers du caoutchouc (ou presque), en tout cas le corps se laissait rouler librement … C’étaient les mêmes Masses écrasantes : ça n’avait pas changé (du moins je le suppose), mais ça passait librement. Une sorte de miracle inexplicable. Pendant quarante-cinq minutes. On pourrait presque dire qu’il n’était plus question de vertèbres ni de muscles ni de tendons – mais le corps sentait bien qu’il fallait absolument SUIVRE le Mouvement, le laisser faire absolument sinon tout pouvait casser …

6 Juin 1989

Voici ma conviction acquise, expérimentale, au bout de ces sept années d’opération dont je suis le « sujet ».

Un point très difficile mais capital tourne autour de cet « appareil sensoriel », et j’ai dit autrefois – et je dis encore- que toutes les sensations sont mensongères et des inventions de la mort pour nous retenir dans ses filets. Sans cette notion-là il est impossible d’aller sur ce chemin parce dès le premier pas la mort vous infligera une sensation très convaincante que… oh-oh-oh… il vaut mieux ne pas toucher à cela. Un cœur qui déraille, c’est très convaincant, un cerveau qui se met à bouillir, c’est très convaincant – il y a mille façons très convaincantes dans le système de la mort, et tout est  convaincant puisqu’elle règne depuis le début des temps : « Tout homme est mortel », n’est-ce-pas, le vieux syllogisme nous est seriné depuis le berceau, et il est dans notre conscience corporelle. MAIS, si l’on attrape un rayon de l’autre Soleil et si l’on s’accroche à ce seul rayon en dépit de tout, alors – et c’est là ma conviction expérimentale, je pourrais dire ma connaissance physique – alors il vous fera traverser tous les signes et tous les symptômes de la mort, et c’est la seule chose, le seul pouvoir qui puisse vous faire traverser la vieille catastrophe. Toutes nos sensations sont des inventions de la mort pour vous retenir dans ses filets, et c’est évident parce que nous sommes dans la mort, nous sommes des morts-vivants, donc toutes nos sensations et nos « preuves » sont des sensations et des preuves de la mort. Il n’y a que ce seul Rayon qui peut nous faire traverser ces apparences effroyables et douloureuses. Mail il PEUT – si nous le voulons. Si nous sommes prêts à traverser l’épreuve.
Telle est la conclusion de mon expérience.
La mort et la douleur sont un Mensonge à traverser. Ce « rayon » de l’autre Soleil, il est au fond de notre conscience corporelle sous tous ses revêtements ataviques.
Il faut le dé-couvrir. C’est tout le chemin. Et s’y tenir sans défaillance, c’est toute la difficulté.
Seulement la « leçon » est longue et très totale. (Totale dans le corps et dans la Terre).
C’est probablement ce que Sri Aurobindo a résumé en un mot : a « spell » (un sort).

 

20 Juin 1989

Avant-propos aux Carnets ??

Le fait fondamental de la vie, c’est la mort. Or, il me semble que rien ne peut-être dans l’univers que pour la joie. Une création pour la mort et la douleur est un non-sens.
Et il me semble tellement évident (de plus en plus évident) que ce corps animal produit par la mort  — d’innombrables morts —  n’a pas d’autre sens que de trouver le secret de la   non-mort dans ce corps même issu de la mort.
Ce sens, notre espèce ne l’a pas trouvé.
Quand une espèce manque de trouver son sens, elle meurt ou se détruit elle-même.
Les religieux et les scientifiques nous ont égarés.
La Science et la Religion nous ont rendus infirmes de nos propres moyens et de notre propre secret en nous renvoyant au ciel ou à la Mécanique utilitaire.
Oui, il y avait Socrate.
Ils ont assassiné Socrate. 

TOME X


6 Février 1990


L’activité mentale est une fonction tout à fait anormale pour le corps et elle dérange le corps. Nous vivons dans cette atmosphère mentale comme dans un air naturel, mais c’est un poison pour le corps. Cette activité néfaste et embrouillante sera remplacée par un automatisme clair, évident et sur le moment quand c’est nécessaire. On ne cherche plus à savoir: c’est là et on le fait. Et ce qui n’est pas utile n’est pas su – et pas fait.
Cette intelligence dont nous nous vantons tant est un instrument passager.
Dans le silence, cette grande Onde se déroule et chaque chose est à sa place à chaque moment.
C’est-à-dire que chaque chose est dans la Réalité et sa réalité sous le brouillard de Mensonge qui enveloppe tout, corrompt tout et déforme tout. Alors tout devient exact, jusque dans le plus microscopique détail.
Mais il y a l’atmosphère collective qui est une difficulté constante.

5 Mars 1990

Il y a un phénomène qui se répète assez souvent mais que je ne m’explique toujours pas. Généralement, cela se produit à la fin (ou vers la fin) de l’«opération».
Au milieu de cet écrasement de foudre, tout d’un coup, sans « raison » apparente, il descend une énorme MASSE presque brûlante (mais pas « brûlant » à notre manière physique), d’une densité formidable, plus large que le corps, et quand cette Masse dense arrive au niveau des épaules et descend, tout le corps se gonfle, comme si le corps se décollait de son squelette déchirant et résistant, et alors cette Masse dense descend, gonfle tout, il n’y a plus cet « écrasement » habituel, mais c’est d’une densité telle – on pourrait dire tellement folle – que tout est en suspens dans le corps comme dans un extraordinaire péril qu’il faut traverser sans souffler, sans frémir, sans rien qui proteste ou résiste parce que tout pourrait éclater en un clin d’oeil. Alors il n’y a plus ce déchirement-écrasement habituel (et c’est un formidable soulagement) mais c’est d’une densité « légère » (si j’ose dire), comme de l’air parce que ça roule et passe, mais un « air »… qui pourrait tout faire sauter. Et c’est presque brûlant, comme une Masse solaire englobante (mais rien à voir avec nos degrés centigrades!)
Je ne sais pas ce que c’est. Mais le corps est décollé de son anatomie dure et crispée et comme gonflé, hyper-gonflé par cette densité immatérielle (comme aucune autre matière) ou cet air dense, hyper-dense.
C’est très étonnant cette sensation du corps qui se décolle de son squelette et s’emplit de « quelque chose » qui est fluide mais qui pourrait faire tout sauter.
Je me débats avec des mots inadéquats.

8 Avril 1990

Vie et mort = la vieille espèce.
Si la vie existait, je serais mort. Si la mort existait, je suis tout de même vivant.
Ce n’est ni la vie ni la mort. C’est AUTRE CHOSE.
Ce Nouveau Soleil de la Vie Divine.
Et la Terre Nouvelle de Sri Aurobindo et de Mère.
Des choses divines sont en train de se passer.
Je me fais l’impression d’être comme un « premier » amphibien sur la Terre (!)

31 Mai 1990

Les Masses de Foudre solides, écrasantes qui s’empilent l’une sur l’autre sans un reflux.
Le corps comme un pilier.
Pendant cinquante-cinq minutes.
Une ordalie de chaque seconde.
Indicible.
Comme un passage dans une autre nature physique.

3 Juin 1990

Autrefois il y avait du soleil dans ce corps, ça s’épanouissait et poussait vers la lumière, maintenant on dirait que c’est tout noir, sans réponse, basaltique, comme une prison sans lumière et sans issue, et pourtant c’est le même corps – non ?
On a du mal à croire que ce soit le même corps.
On dirait que ces murs noirs, basaltiques et muets, c’est le corps même – ou ce qu’il en reste.
Où  est-elle donc cette prairie ensoleillée du corps d’autrefois ?
Il y a quelque chose de tout à fait incompréhensible.
Je ne vois pas que ces murs noirs vont jamais changer – ils peuvent se dissoudre, c’est tout. C’est-à-dire la mort une fois de plus.
Mais où est-elle, ma prairie ensoleillée ?
Un résidu intransformable qui s’en va dans une boîte, et autre chose qui s’en va dans les airs ?
Cela ne me paraît pas la solution terrestre.
Tout est silencieux comme une tombe, sauf que je gémis et me peine. Il n’y a pas de voix rassurantes.
On peut seulement cogner et cogner contre ces murs, tant qu’on peut.

18 Juillet 1990

Maintenant  que le phénomène est plus « habituel » (si je puis dire!), je peux dire qu’au sein de cet « air dense » ou de cette nouvelle Masse descendante, il y a comme un formidable glaive de foudre qui s’enfonce verticalement, impérieusement, depuis le sommet du crâne jusqu’aux talons et qui écrase tout sur son passage (probablement en soulevant les épaules et tout le reste comme quand on enfonce un objet dans l’ « eau »!) C’est tout à fait vertical et central  comme si cette épée passait par la colonne vertébrale même et non par les sillons latéraux. Je ne sais pas pourquoi mais cela me donne une sensation rouge, comme un formidable glaive rouge. Quand ce glaive a bien pilonné le fond du « cylindre », une nouvelle Masse descend en soulevant les épaules et le corps comme si un « air dense » entourait ou venait avec (ou était soulevé par) ce glaive de foudre.
Je tâtonne dans la description de ce « quelque chose » qui serait plutôt un tremblement de terre corporel (!)
Ce qui était très clair ce matin, c’est cette espèce de glaive de foudre central et rectiligne…

 

TOME XI

3 Janvier 1991

Soir

Un phénomène mystérieux
Toute la journée, j’ai été dans cet écrasement suppliciant et ces coups de boutoir qui pilonnent par terre à travers le dos. Ce soir, avant de me coucher, je suis allé comme d’habitude dire bonsoir à Sri Aurobindo et à Mère. Comme d’habitude, je me suis mis à genoux devant la cheminée où se trouve la grande photo de Sri Aurobindo. Mes mains étaient posées en haut sur le rebord de la cheminée et j’étais à genoux. Et subitement un Torrent de Puissance est monté de sous mes genoux — du sol pourrait-on dire — et a envahi tout mon corps comme une marée formidable qui montait, montait, gonflait tout le corps, j’en avais plein les cuisses, le ventre, le dos, ça traversait les épaules, le cou, la tête, montait-montait
sans obstruction au-dessus de la tête. Une marée continue. Un torrent irrésistible qui gonflait tout le corps (je dis bien tout : ce n’était pas un filet ou un éclair : c’était massif, mais merveilleusement massif). Et ça semblait sortir du sol, comme s’il n’y avait plus de butoir, plus d’obstacle à pilonner, plus de Mur « en dessous ». L’écluse était ouverte d’en bas. Et alors, aucune douleur, aucune obstruction dans le corps, c’était un extraordinaire gonflement torrentueux qui montait-montait-montait et se perdait là-haut — tout mon corps était tiré vers le haut comme si j’allais être soulevé vers cette photo de Sri Aurobindo. C’était étonnant et miraculeux.
Le phénomène aurait pu continuer et continuer mais quelque chose d’un peu « pudique » en moi ( ! ) n’a pas voulu « insister », comme si je ne voulais pas forcer Sri Aurobindo ( ! ) Et c’était l’heure de me coucher.
Ce matin, 4 Janvier, comme je regarde encore ce phénomène, il me vient ces mots du Rig-Véda : « Le puits de miel sous le roc ».
N’est-ce pas, si j’avais été debout, ça aurait monté de sous mes pieds, mais j’étais à genoux et ça montait de sous mes genoux. Il n’y avait plus d’obstacle « en dessous ».
… C’est peut-être une annonce de l’avenir ?

19 Février 1991

C’est tout simplement terrifiant.
Après toutes ces années, je peux dire que c’est terrifiant — sans honte. Mais sans peur. On est dans le suprême inconnu. Une suprême Porte inconnue qui peut s’ouvrir sur… on ne sait pas si ça peut s’ouvrir. C’est tout à fait à l’extrémité de la mort. Là où ce n’est plus possible mais où
c’est quand même, ou c’est encore… si précairement.
J’ai donc de nouveau essayé dans cette position allongée.
Aujourd’hui le phénomène était plus « clair » et plus intense, oh !
Je me demandais pourquoi, ainsi allongé, il n’y avait plus ce « reflux » d’en bas ou ce rebondissement comme si on tamponnait du fer et ça rejaillissait.
Alors j’ai compris aujourd’hui — pendant cinquante-cinq minutes cet après-midi où j’ai « vécu » chaque seconde impossiblement. Cette foudre entre (descend) avec chaque respiration et elle ne
permet pas le reflux d’en bas, si bien qu’elle s’enfonce dans le corps à travers une densité de plus en plus grande, de plus en plus grande, de plus en plus… à chaque seconde ou respiration — une densité comme si la foudre s’empilait de plus en plus, de plus en plus sur elle-même ou à travers cette résistance — on est comme une bombe vivante ou un explosif vivant fait de foudre hyper-compressée. C’est tout à fait terrifiant à supporter. On est immobile comme une statue de foudre, les bras le long du corps, et alors on comprend qu’il faut une totale immobilité : le moindre mouvement ferait tout sauter. Et il faut serrer les dents de toutes ses forces. Même avaler sa salive est un danger. C’est une Densité éclatante et… qui n’éclate pas ou qui s’apprête à éclater de seconde en seconde. Je n’ai jamais supporté pareille extrémité à travers toutes ces années (à moins que chaque jour ne soit une extrémité traversée).
Au bout de cinquante minutes, j’ai lentement, lentement diminué le rythme ou le « débit » de la respiration, puis j’ai bougé un peu les mains, puis lentement remonté les bras jusqu’à la poitrine, puis, après de longues minutes je me suis lentement redressé, assis au bord du lit. Et j’ai regardé Mère.
Voilà tout.
Un explosif vivant ou une bombe vivante dans laquelle « ça » s’empile de plus en plus et de plus en plus… (on est aussi dans une sorte de formidable fièvre.) Là-dedans, il y a seulement Toi et puis la Vie ou la mort — mais une Vie inconnue.
Jamais vécu pareille chose.
Pas un seul « reflux » d’en bas. « Ça » s’enfonce et ça s’enfonce à travers… quoi ? La mort ? Les millénaires ? Le refus de la Terre ?… Des millions d’années de mort pétrifiée.

4 Mars 1991

Il est évident que cette foudre pourrait détruire complètement l’être humain — le faire éclater en miettes. Si elle ne l’a pas fait (jusqu’à présent), si cela ne se produit pas, si on la supporte, cela veut dire évidemment qu’elle cherche un nouveau moyen d’être ou une nouvelle formule d’être — c’est à nous, non pas de « trouver » la formule, mais de devenir  la formule. De la rendre vivable et « ambulatoire » sur la terre. C’est l’histoire de tous les passages ou toutes les transitions d’une espèce à une autre. Cela me parait « logique ». Il faut que ce nouveau logos s’établisse normalement sur la Terre, comme les singes sur deux pattes.
Cette Foudre est la formule même, comme l’oxygène + azote + argon.
À partir du moment où le « milieu » existe, l’être capable de respirer ce milieu devient nécessairement. Le tout est de faire la première jonction avec ce milieu — c’est ce que Sri Aurobindo et Mère ont fait.
Il y a des accidents en route, mais cela ne change rien à la formule.
Si l’on cherche à comprendre ou à spéculer sur ce que pourrait être l’être de cette nouvelle formule, on se trompe autant que le petit poisson qui chercherait à spéculer sur la libellule.
Tout ce que je sais, c’est que les savants et les papes sont parfaitement ridicules — également ridicules.

D’ailleurs, je me souviens, Sri Aurobindo disait bien que le but cherché était d’établir le Pouvoir supramental sur la terre d’une façon normale comme l’est aujourd’hui le pouvoir mental parmi les hommes.
Le « Pouvoir supramental », eh bien…

23 Mars 1991

J’ai de plus en plus l’impression que cette matière telle que nous la connaissons, ces atomes, ces électrons, ces corps, c’est la TOMBE, et qu’il s’agit de sortir de cette tombe ou de défaire cette tombe par la puissance et le feu de ce Soleil qui est par-delà les tombes.
C’est cela, les « places fortes et réfractaires » des Védas, la « fausse matière » de Mère — et le But, c’est une autre sorte de matière et de corps, peut-être le « corps glorieux ». La « race divine » des Védas.
J’aurais envie de dire : peut-être un « big-bang » à l’envers ( ! ) juste pour plaisanter un peu.
Plus sérieusement : c’est cela, le sens de la « nouvelle création ».
Si l’on déplace ou change un seul atome ce cette bombe terrestre, c’est toute la vieille création mortelle qui change — ou s’écroule.
C’est cela, le sens profond de l’ « Apocalypse ».
C’est cela la mort de la Mort.
La fin de l’Âge de Fer.
Pour l’instant, il faut supporter le poids du Fer et la douleur du Feu.
Depuis le 18 Février je suis dans cette espèce de « bombe bouillante » de plus en plus, de plus en plus…
C’est long.
Mais ce n’est rien si c’est vraiment la fin de ce Malheur terrestre.
En fait, ça dure depuis le 25 Août 1986.

16 Mai 1991

La densité ou la compression devient si grande dans la « bombe » que chaque dose nouvelle de foudre ou chaque respiration, à chaque seconde déchire la jonction du cou et des épaules et demande un effort si terrible, presque impossible, pour visser la bouche (ou la valve) sur cette effrayante Densité et l’empêcher de refluer vers le haut…
Alors on ne peut pas s’empêcher de respirer en dépit du bourrage absolu de la bombe et de faire entrer une nouvelle dose de foudre. On visse désespérément
la bouche sur cette compression folle, et tout le haut des épaules, le cou, deviennent comme une barre de fer brûlante et déchirante. On ne sait pas comment faire et on le sait de moins en moins. Il faut tenir jusqu’à l’ « explosion », s’il y en a une.
C’est peut-être tout ce barrage atomique du corps qu’il faut « forcer », tout ce scaphandre ou cette capsule irréductible. La tombe corporelle.
« La montagne féconde s’ouvrit en deux », dit le Véda…
J’ai bien l’impression que c’est cela, le « processus » de l’espèce nouvelle. Je n’en vois pas d’autre.
Il ne s’agit pas de « vaincre la mort », qui semble un processus très sage en l’état actuel de cette pseudo-humanité surabondante, mais de défaire le principe évolutif tel qu’il existe depuis quatre milliards et demi d’années : reproduction, nourriture, cannibalisme divers et prison à perpétuité. La sauvagerie, dont nous sommes les derniers spécimens « éclairés ».

31 Août 1991

La grande Acrobatie.
Peut-être sont-ils en train de me transformer en gelée de méduse (ou bouillie de méduse). Je ne sais plus du tout comment faire marcher mon corps, ça va dans tous les sens — mais Ils doivent bien savoir ce qu’Ils font !
C’est cela, le grand « surrender » physique.

Le corps est comme stupéfait, il se dit : je me souviendrai de ça.
C’est-à-dire
tout est possible physiquement.
Si ce n’était pas hyper-fluide, on éclaterait comme un petit ballon.

P.S. Si cela m’était arrivé l’année dernière seulement, le corps aurait été dans une panique mortelle (c’est-à-dire que la panique aurait produit la mort).
C’est un cataclysme interne pour le corps.

10 Novembre 1991

Je n’ai pas de doute que le nouveau « principe de Matière », c’est celui-là même que je respire, difficilement — cet « air » écrasant.
C’est lui qui est en train de s’infiltrer partout dans cette vieille Matière mondiale en décomposition — c’est le grand désorganisateur de la Mort.
Je me disais que ce « nouveau principe de la Matière » dont parle Sri Aurobindo était quelque chose à découvrir ou à obtenir — mais il est tout découvert ! il dé-couvre la Mort. Le « problème » est celui du remplacement — ou du
moment du remplacement — du vieux système mortel par le nouveau… Le moment où.
Cette « fluidité » est suffisamment dense pour faire tenir debout les pyramides ou l’Himalaya ! Je crois que c’est le principe même qui agrège ou désagrège le schéma atomique que nous connaissons.
J’écris ceci après neuf ans de considérations ( ! )
C’est-à-dire que depuis neuf ans, jour après jour, cette densité « fluide » n’a
pas cessé de grandir — qui comprendra ?
Si un organisme humain recevait d’un coup ce que je reçois maintenant, il éclaterait en mille morceaux… Et que sera demain ?

26 Décembre 1991

Eh bien, il y a un air de l’autre côté des tombes et je le res-pi-re.
Et cet air-là est impondérable pour tous les petits poissons électroniques et savants.
Sri Aurobindo et Mère ont insufflé la Vie dans notre tombe. Et cette Vie-là est en train de faire craquer la vieille tombe terrestre.

 TOME XII

14 juin 1992

Évidemment, il y a une illusion. Selon nos lois et nos balances électroniques, je ne pèse pas un gramme de plus que d’ « habitude » (en dépit de cette tonne ambulante) et je n’ai pas un degré centigrade de plus selon nos thermomètres (en dépit de ce bloc de feu), et pourtant c’est réellement comme je le dis et le décris.
Évidemment aussi, ce sont les lois (ou la loi) d’un autre monde, immensurable par nos lois, mais c’est mon vieux corps qui supporte cette autre loi.
Et pourtant aussi, c’est cette Puissance immensurable et ce Feu immensurable qui font valser les univers ou qui sont au cœur de ces univers.
Je crois bien que l’ « illusion » est de notre côté, mais c’est dans la Matière et dans le corps qu’il faut la démolir… sans se démolir.
Il faut que le monde et la terre retrouvent leur respiration divine.
Je crois bien que c’est la douleur qui est le gardien de l’ « illusion ».

9 juillet 1992

La résistance engendre la chaleur même qu’il faut pour sortir du système.
C’est valable pour le corps d’un homme autant que pour le corps d’une société ou le corps d’un monde.
On peut sortir du système par la mort, mais c’est la mauvaise façon (ou une façon provisoire).
Il faut une longue patience avec la douleur du monde comme avec la sienne.

20 juillet 1992

(réflexions) Il n’a jamais été « décrété » d’avance quel serait le juste mouvement du homard ou de la grenouille — il y a dû y avoir un premier inventeur de la grenouille ou du homard qui s’est servi de la matière à sa disposition pour s’adapter aux conditions du moment, au bout d’un certain temps cela faisait le mouvement juste : une « vraie » grenouille ou un « vrai » homard, et cela se fixait dans une prison bien définie et « fonctionnelle ».
De prison en prison on est arrivé au petit homme.
La Matière a
toujours été malléable à travers les millions d’années.
Il faut inventer une nouvelle manière de modeler la Matière.
L’Évolution a toujours été une manière d’inventer une survie dans un milieu périclitant.
Cette « survie » a toujours été en fait une « surmort » — cette fois-ci il s’agit d’inventer ou dé-couvrir la Vie tout court.
Le « ce-qui-fait-que »… tout ça bouge et se meut et s’invente, homard ou grenouille ou bébé d’homme. Le Ressort.
La Vie a toujours été une invention de « quelque chose » pour ne pas mourir.
Tout ce que je peux dire, c’est que le « nouvelle manière de modeler la Matière » est
. Le Ressort qui-fait-que.

15 août 1992

Je sens que c’est le Seigneur Suprême qui essaye de sauver la Terre à travers une matière humaine.
Je ne peux pas m’expliquer autrement ce qui se passe dans ce corps.

30 septembre 1992

Un certain « automatisme divin » semble vouloir s’installer. C’est le même phénomène que l’ « inspiration », mais dans le physique : si on commence à « regarder » ce que l’on écrit ou ce que l’on dit, le fil est coupé et tout se brouille — même chose dans le corps : si je commence à faire attention ou à « étudier », me « rappeler », neuf fois sur dix le mouvement se fausse et je me déchire.
La « formule » semble tenir à peu près, avec pas mal de nuances ratées, mais il n’y a plus ce déchirement atroce.
Mais alors un écrasement fantastique.

Il y a un mental qui observe tout et qui brouille tout — nécessaire mais fatal. C’est le passage de l’homme animal à l’homme divin. Sans ce mental l’homme ne serait jamais sorti de sa ronde animale. Avec ce mental, il ne sort pas de son ignorance intelligente — coincé dans sa boîte crânienne et atavique, comme la bernique sous son chapeau ! Un animal en plus nocif.
« On » est en train d’écraser mon chapeau de bernique — quand tout sera bien écrasé et pilonné, il ne restera plus que de l’espace… et de l’Amour. Un homme, enfin.

10 novembre 1992

Parfois on sent que toutes ces fibres pourraient claquer comme autant de cordes de violon.
Une seconde d’inattention pourrait être fatale. Mais il y a tout de même une sorte d’automatisme divin qui veille.
On sent que la piste est là — en dépit de tout — et que c’est une piste suprêmement divine et suprêmement conduite.

Je dois dire que cette Puissance de « diamant fluide » est le plus extraordinaire phénomène qui soit depuis… les débuts de la vie sur la terre. C’est une Vie Nouvelle. Et, nécessairement, ce sera une Terre Nouvelle avec des êtres nouveaux.
Un vieil animal peut témoigner.
Les choses vont changer sur la terre. Je peux le dire. Et changer… pas par des lois humaines.

3 décembre 1992

C’était comme une révélation corporelle hier : cette puissance-là, c’est l’Amour du Suprême.
Une révélation, pour le corps, c’est qu’il reconnait, comme il reconnait le soleil et l’eau qui coule.

13 décembre 1992

Chaque jour — chaque jour, presque chaque heure —, cette Puissance devient si démesurée, si formidable, que… j’en arrive à la conclusion que toutes nos lois physiques sont une sorte d’illusion, que l’on accepte ou non.
Il
y a une illusion.
La douleur est le gardien de l’Illusion.
Ce n’est pas une illusion « bouddhique », c’est une illusion dans la matière, dans
notre matière.
Et le but de l’Évolution, c’est d’arriver au point de conscience où cette Illusion
peut se défaire dans la Matière et dans un corps.

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