Le Grand Sens

   Ce « message à la jeunesse » fut à l’origine écrit en français pour la télévision italienne. L’auteur de L’Aventure de la Conscience (Buchet-Chastel, Paris, 1964 ) s’adresse aux étudiants, à ceux qui veulent faire la révolution de l’avenir par les moyens de l’avenir. Car en vérité, si nous voulons construire un monde nouveau, ce n’est pas par les moyens du passé que nous y parviendrons — ni par la violence ni par la non-violence. Mais par autre chose.
Le Grand Sens figure dans L’Agenda de Mère – 1969, tome X, pages 239-241.

C’EST le temps du Grand Sens.
Nous regardons à droite ou à gauche, nous construisons des théories, réformons nos Églises, inventons des super-machines, et nous descendons dans la rue pour briser la Machine qui nous étouffe — nous nous débattons dans le petit sens. Quand le bateau terrestre est en train de couler, est-ce qu’il importe que les passagers coulent à droite ou à gauche, sous un drapeau noir ou rouge, ou bleu céleste ? Nos Églises ont déjà coulé : elles réforment leur poussière. Nos patries nous écrasent, nos machines nous écrasent, nos Écoles nous écrasent, et nous construisons davantage de machines pour sortir de la Machine. Nous allons sur la lune, mais nous ne connaissons pas notre propre cœur ni notre destin terrestre. Et nous voulons améliorer l’existant — mais ce n’est plus le temps d’améliorer l’existant : est-ce qu’on améliore la pourriture ?— C’est le temps d’AUTRE CHOSE. Autre chose, ce n’est pas la même chose avec des améliorations.
Mais comment procéder ?
On nous prêche la violence, ou la non-violence. Mais ce sont deux visages d’un même Mensonge, le oui et le non d’une même impuissance : les petits saints ont fait faillite avec le reste, et les autres veulent prendre le pouvoir — quel pouvoir ?   Celui des hommes d’État ? Est-ce que nous allons nous battre pour détenir les clefs de la prison ? Ou pour construire une autre prison ? Ou est-ce que nous voulons en sortir vraiment ? Le pouvoir ne sort pas de la poudre des fusils, pas plus que la liberté ne sort du ventre des morts — voilà trente millions d’années que nous bâtissons sur des cadavres, des guerres, des révolutions. On prend les mêmes et on recommence. Peut-être est-il temps de bâtir sur autre chose, et de trouver la clef du vrai Pouvoir ?…
… Alors il faut regarder dans le Grand Sens.
Voici ce que dit le Grand Sens :
Il dit que nous sommes nés il y a tant de millions d’années — une molécule, un gène, un morceau de plasma frétillant — et nous avons fabriqué un dinosaure, un crabe, un singe. Et si notre œil s’était arrêté en cours de route, nous aurions pu dire avec raison ( ! ) que le Babouin était le sommet de la création, et qu’il n’y avait rien de mieux à faire, ou peut-être à améliorer nos capacités de singes et à faire un Royaume Uni des Singes… Et peut-être commettons-nous la même erreur aujourd’hui dans notre forêt de béton. Nous avons inventé des moyens énormes au service de consciences microscopiques, des artifices splendides au service de la médiocrité, et davantage d’artifices pour guérir de l’Artifice. Mais l’homme est-il vraiment le but de tous ces millions d’années d’effort — le baccalauréat pour tous et la machine à laver ?
Le Grand Sens, le Vrai Sens nous dit que l’homme n’est pas la fin. Ce n’est pas le triomphe de l’homme que nous voulons, pas l’amélioration du gnome intelligent — c’est un autre homme sur la terre, une autre race parmi nous.
Sri Aurobindo l’a dit : l’homme est un « être de transition ». Nous sommes en plein dans cette transition, elle craque de tous les côtés : au Biafra, en Israël, en Chine, sur le Boul’Mich’. L’homme est mal dans sa peau.
Et le Grand Sens, le Vrai Sens nous dit que la seule chose à faire est de nous mettre au travail pour trouver le secret de la transition, le « grand passage » vers l’être nouveau — comme un jour nous avons trouvé le passage du singe à l’homme — et de collaborer à notre propre évolution au lieu de tourner en rond et de prendre les faux pouvoirs pour régner sur une fausse vie.
Mais où est le levier de la Transmutation ?
Il est dedans.
Il y a une Conscience dedans, il y a un Pouvoir dedans, celui-là même qui poussait dans le dinosaure, le crabe, le singe, l’homme — qui pousse encore, qui veut plus loin, qui se revêt d’une forme de plus en plus perfectionnée à mesure que son instrument grandit, qui CRÉE sa propre forme. Si nous saisissons le levier de ce Pouvoir- là, c’est lui qui créera sa nouvelle forme, c’est lui le levier de la Transmutation. Au lieu de laisser l’évolution se dérouler à travers des millénaires de tentatives infructueuses, douloureuses, et de morts inutiles et de révolutions truquées qui ne révolutionnent rien, nous pouvons raccourcir le temps, nous pouvons faire de l’évolution concentrée — nous pouvons être les créateurs conscients de l’Être nouveau.
En vérité, c’est le temps de la Grande Aventure. Le monde est fermé, il n’y a plus d’aventures au-dehors : seuls les robots vont sur la lune et nos frontières sont partout gardées — à Rome ou à Rangoon, les mêmes fonctionnaires de la grande Mécanique nous surveillent, poinçonnent nos cartes, vérifient nos têtes et fouillent nos poches — il n’y a plus d’aventure au-dehors ! L’Aventure est Dedans — la Liberté est dedans, l’Espace est dedans, et la transformation de notre monde par le pouvoir de l’Esprit. Parce que, en vérité, ce Pouvoir était là depuis toujours, suprême, tout-puissant, poussant l’évolution : c’était l’Esprit caché qui grandissait pour devenir l’Esprit manifeste sur la terre, et si nous avons confiance, si nous voulons ce suprême Pouvoir, si nous avons le courage de descendre dans nos cœurs, tout est possible, parce que Dieu est en nous.

Satprem
Pondichéry,
le 27 juin 1969

 

Sri Aurobindo et l’Avenir de la Terre

Ce texte fut écrit pour « All India Radio » à l’occasion du centenaire de Sri Aurobindo. Il figure dans L’Agenda de Mère – 1971, tome XII, pages 331-336.

PARFOIS, une grande Pensée errante voit les âges encore inaccomplis, saisit la Force dans sa coulée éternelle et précipite sur la terre la vision puissante qui est comme un pouvoir de rendre réel ce qu’elle voit — le monde est une vision qui devient vraie, son passé et son présent ne sont pas vraiment le résultat d’une obscure poussée qui remonte du fond des temps, d’une lente accumulation de sédiments qui peu à peu nous façonnent — et nous étouffent et nous enferment — mais la puissante attraction dorée du Futur qui nous tire malgré nous, comme le Soleil tire le lotus de la boue, et nous contraint à une gloire plus grande que ni notre boue ni nos efforts ni nos triomphes du présent ne pouvaient prévoir ni créer.
Sri Aurobindo est cette vision et ce pouvoir de précipiter le Futur dans le présent. Un instant, il a vu, et ce qu’il a vu, des âges vont l’accomplir et des millions d’hommes, sans savoir, vont se mettre en quête de l’imperceptible frémissement nouveau qui a envahi l’atmosphère de la terre. Ainsi, d’âge en âge, de grands êtres viennent parmi nous ouvrir un grand pan de Vérité dans le sépulcre du passé. Et ces êtres-là, en vérité, sont les grands destructeurs du passé, ils viennent avec l’épée de la Connaissance et brisent en miettes nos fragiles empires.
Cette année, nous allons célébrer le centenaire de Sri Aurobindo — il est à peine connu d’une poignée d’hommes, et pourtant son nom retentira encore quand nos grands hommes d’aujourd’hui ou d’hier seront ensevelis sous leurs propres décombres. Son œuvre est discutée des philosophes, louée par des poètes, on parle de sa vision sociologique, de son yoga — mais Sri Aurobindo est une ACTION vivante, une Parole qui se réalise, et nous pouvons chaque jour, sous les mille circonstances qui semblent déchirer la terre et renverser ses structures, voir le premier reflux de la Force qu’il a mise en branle. Au début de ce siècle, quand l’Inde se battait encore contre la domination britannique, Sri Aurobindo s’écriait : « Ce n’est pas seulement une révolte contre l’empire britannique qui est nécessaire, mais une révolte contre la Nature universelle tout entière ! »
Car le problème est fondamental. Il ne s’agit pas d’apporter une philosophie nouvelle au monde ni de nouvelles idées ni des illuminations soi-disant. Il ne s’agit pas de rendre la Prison plus habitable ni de doter l’homme de pouvoirs toujours plus fantastiques — armé de ses microscopes et télescopes, le gnome humain reste gnome, douloureux et impuissant; nous envoyons des fusées sur la lune, mais nous ne connaissons pas notre propre cœur. Il s’agit, dit Sri Aurobindo, de « créer une nouvelle nature physique qui sera l’habitation d’un être supramental au sein d’une nouvelle évolution. » Car, en vérité, dit-il, « l’imperfection de l’homme n’est pas le dernier mot de la Nature, mais sa perfection non plus n’est pas le dernier pic de l’Esprit. » Par-delà l’homme mental que nous sommes, s’ouvre la possibilité d’un autre être qui prendra la tête de l’évolution, comme un jour l’homme a pris la tête de l’évolution parmi les singes.
« Si l’animal, dit Sri Aurobindo, est un laboratoire vivant au sein duquel la Nature a, dit-on, façonné l’homme, l’homme lui-même est peut- être bien aussi un laboratoire vivant et pensant au sein duquel, et avec la coopération consciente duquel, la Nature façonnera le surhomme, le dieu1. » Et Sri Aurobindo vient nous dire comment faire cet autre être, cet être supramental — et non seulement nous le dire, mais le faire, ouvrir le chemin de l’avenir, précipiter sur la terre le rythme de l’évolution, la vibration nouvelle
qui remplacera la vibration mentale, comme une pensée, un jour, est venue troubler la lente routine des bêtes, et nous donnera le pouvoir de briser les murs de notre prison humaine.
Et elle craque déjà, notre prison : « La fin d’un stade de l’évolution, annonçait Sri Aurobindo, est généralement marquée par une puissante recrudescence de tout ce qui doit sortir de l’évolution2. » Cet éclatement paroxystique de toutes les vieilles formes, nous le voyons partout autour de nous — nos frontières, nos Églises, nos lois, nos morales s’écroulent de tous les côtés. Et elles ne s’écroulent pas parce que nous sommes méchants, immoraux, irreligieux, ni parce que nous ne sommes pas assez rationnels, pas assez savants, pas assez humains — mais parce que nous en avons fini d’être humains ! Fini de la vieille mécanique — parce que nous sommes en transition vers AUTRE CHOSE. Ce n’est pas une crise morale que traverse la terre, c’est une « crise évolutive ». Nous ne sommes pas en marche vers un monde meilleur — ni pire —, nous sommes en pleine MUTATION vers un monde radicalement différent, aussi différent que le monde de l’homme pouvait l’être du monde des singes au Tertiaire. Nous entrons dans une nouvelle ère, dans un quinquennaire supramental. On quitte son pays, on erre sur les routes, on se met en quête de drogues, en quête d’aventure, on fait des grèves ici, des réformes-là et des révolutions encore — mais en fait, il n’y a rien de tout cela. On est en quête de l’être nouveau, sans le savoir, on est en pleine révolution humaine.
Et Sri Aurobindo nous donne la clef. Il est possible que le sens de notre propre révolution nous échappe parce que nous voulons prolonger l’existant — le raffiner, l’améliorer, le sublimer.
Mais le singe, lorsqu’il était en pleine révolution simiesque pour produire un homme, aurait peut-être commis la même erreur ; il aurait peut-être voulu faire un super-singe, capable de mieux grimper aux arbres, mieux chasser, mieux courir, doté de plus d’agilité et plus de malice. Nous aussi, avec Nietzsche, nous avons voulu faire un « surhomme », qui n’était qu’un super-homme ; ou avec les spiritualistes faire un super-saint, mieux doté de vertu et de sagesse. Mais nous n’avons que faire de la sagesse et de la vertu humaines ! Même poussées à leur paroxysme, c’est encore la vieille pauvreté dorée, l’envers glorieux de notre tenace misère : « La surhumanité, dit Sri Aurobindo, n’est pas l’homme grimpé à son zénith naturel, pas un degré supérieur de la grandeur humaine, de la connaissance, du pouvoir, de l’intelligence, de la volonté… du génie… de la sainteté, de l’amour, la pureté ou la perfection humaines. » C’est AUTRE CHOSE, une autre vibration d’être, une autre conscience.
Mais si cette conscience ne se situe pas sur les sommets de l’humain, où donc la trouverons- nous ?… Peut-être, tout simplement, dans ce que nous avons le plus négligé depuis que nous sommes entrés dans le cycle mental — le corps. C’est notre base, notre fondement évolutif, la vieille souche à laquelle nous revenons toujours, et qui se rappelle douloureusement à nous en nous faisant souffrir, vieillir, mourir. « Cette imperfection même, assure Sri Aurobindo, recèle l’élan vers une perfection plus haute et plus complète. Elle contient l’ultime fini, qui pourtant aspire au Suprême Infini. Dieu est enfermé dans la boue… mais le fait même de cet emprisonnement impose la nécessité de faire un trou dans la prison.» C’est là, le vieux Mal jamais guéri, la racine jamais changée, l’obscure matrice de notre misère, à peine différente de ce qu’elle était du temps des lémuriens. C’est cette substance physique qu’il faut transformer, sinon elle jettera bas, l’un après l’autre, tous les artifices humains ou surhumains que nous voudrons coller dessus. Ce corps, cette substance physique, cellulaire, contient « des pouvoirs tout-puissants », une conscience muette qui possède toutes les lumières et toutes les infinitudes, autant que les immensités mentales et spirituelles — car, en vérité, tout est Divin, et si le Seigneur des univers n’est pas dans une seule toute petite cellule, il n’est nulle part. C’est cette obscure Prison originelle, cellulaire, qu’il faut briser ; et tant que nous ne briserons pas celle-là, nous continuerons à tourner en vain dans les cercles d’or, ou de fer, de notre prison mentale.
« Les soi-disant lois absolues de la Nature, dit Sri Aurobindo… sont simplement un équilibre établi par la Nature, un sillon dans lequel elle s’est habituée à travailler afin d’obtenir certains résultats. Mais si vous changez de conscience, le sillon changera aussi, inévitablement. »

Telle est la nouvelle aventure à laquelle Sri Aurobindo nous convie, une aventure dans l’inconnu de l’homme. Bon gré, mal gré, la terre entière est en train de passer dans un nouveau sillon — mais pourquoi pas de bon gré ? Pourquoi ne collaborerions-nous pas à cette aventure jamais courue, à notre propre évolution au lieu de répéter mille fois la vieille histoire, au lieu de courir après des paradis artificiels qui n’étancheront jamais notre soif, ou des paradis de l’au- delà qui laissent la terre pourrir avec nos corps.
« Pourquoi commencer si c’est pour en sortir ! s’écriait la Mère, qui continue l’œuvre de Sri Aurobindo. À quoi sert-il d’avoir tant lutté, tant souffert, d’avoir créé quelque chose qui, dans son apparence extérieure au moins, est si tragique et dramatique, si c’est simplement pour vous apprendre à en sortir — il aurait mieux valu ne pas commencer !… L’évolution n’est pas un chemin tortueux pour en revenir — un peu meurtri — au point de départ ; c’est, tout au contraire, dit la Mère, pour apprendre à la création totale la joie d’être, la beauté d’être, la grandeur d’être, la majesté d’une vie sublime, et le développement perpétuel, perpétuellement progressif, de cette joie, de cette beauté, de cette grandeur — alors, tout a un sens. »
Ce corps, cette obscure bête de somme que nous habitons, est le terrain d’expérience du yoga de Sri Aurobindo — qui est un yoga de la terre entière, car on peut comprendre que si un seul être parmi nos millions de souffrances, arrive à opérer le saltus évolutif, la mutation du prochain âge, la face de la terre s’en trouvera radicalement changée et tous les soi-disant pouvoirs dont nous nous glorifions aujourd’hui apparaîtront comme des jeux d’enfant devant ce rayonnement de l’esprit tout-puissant incarné dans un corps. Sri Aurobindo nous dit que c’est possible — non seulement que c’est possible, mais que ça se fera. C’est en train de se faire. Et tout dépend, peut-être, non pas tant d’un effort sublime de l’humain pour transcender ses limites — car c’est encore employer nos propres forces humaines pour nous délivrer des forces humaines —, que d’un appel, d’un cri conscient de la terre vers cet être nouveau, qu’elle porte déjà en elle-même. Tout est là, déjà, dans nos cœurs, la suprême Source qui est le suprême Pouvoir — mais il faut que nous l’appelions dans notre forêt de béton, il faut que nous comprenions notre sens, il faut que le cri multiplié de la terre, de ces millions d’hommes qui n’en peuvent plus, n’en veulent plus de leur prison, crée une faille par où jaillira la vibration nouvelle. Alors, toutes ces lois apparemment inéluctables qui nous enfermaient dans leur sillon héréditaire et scientifique s’écrouleront devant la Joie des « fils aux yeux de soleil».
« N’espérez rien de la mort, dit la Mère, la vie est votre salut. C’est en elle qu’il faut se transformer. C’est sur terre qu’on progresse, c’est sur terre qu’on réalise. C’est dans le corps qu’on remporte la Victoire. »
« Et ne laisse point la prudence du monde murmurer à tes oreilles, dit Sri Aurobindo, car c’est l’heure de l’inattendu. »

Satprem
Pondichéry,
le 9 décembre 1971

 

The Great Sense

This “message to the youth” was written in French in 1969 for the Italian television by the author of Sri Aurobindo or the Adventure of Consciousness. It is addressed to students, to those who want to bring about the revolution of the future by the means of the future. For, in truth, if we want to build a new world, it is not by the means of the past that we will succeed—neither by violence nor by nonviolence. But by something else.

THIS is the time of the Great Sense.
We look to the right or to the left, we build theories, reform our Churches, invent super- machines and go out in the streets to break the Machine that stifles us—we struggle in the small sense. When the terrestrial ship is sinking, does it matter whether the passengers drown to the right or to the left, under a flag black or red, or celestial blue ? Our Churches have already sunk : they are reforming their own dust. Our patriotisms are crushing us, our machines are crushing us, our schools are crushing us, and we build more machines to break out of the Machine. We go to the moon, but we do not know our own heart nor our terrestrial destiny. And we want to improve what is—but the time for improvements is
past : can one improve rot ? This is the time for SOMETHING ELSE . Something else, which is not the same thing with improvements.
But how shall we proceed ?
They preach violence to us, or nonviolence. But these are two faces of the same Falsehood, the yes and no of the same impotence : the little saints have gone bankrupt with the rest, and others want to seize power—what power ? That of the statesmen ? Are we going to fight over the prison keys ? Or to build another prison ? Or do we really want to get out of it ? Power does not flow from the barrel of a gun, neither does freedom flow from the bellies of the dead—for thirty million years now, we have been building on corpses, on wars, on revolutions. And the drama is enacted over and over again. Perhaps the time has come to build on something else and find the key to the true Power ? . . .
So let us look at the Great Sense.
Here is what the Great Sense tells us :
It tells us that we were born so many million years ago—a molecule, a gene, a quivering bit
of plasma—and we have produced a dinosaur, a crab, an ape. Had our eyes stopped halfway along the road, we could have said with good reason ( ! ) that the Baboon was the summit of the creation and nothing better could be done, except perhaps to improve our simian capacities and create a United Kingdom of Apes . . . . And we may be committing the same error today in our jungle of concrete. We have invented enormous means at the service of microscopic consciousnesses, splendid devices at the service of mediocrity, and still more devices to be cured of the Device. But is man truly the goal of all these millions of years of striving ?—The secondary school for all and the washing machine ?
The Great Sense, the True Sense, tells us that man is not the end. It is not the triumph of man that we want, not an improved version of the intelligent dwarf—it is another man on the earth, another race in our midst.
“Man is a transitional being,” Sri Aurobindo said. We are right in the middle of this transition, it is bursting forth on every side : in Biafra, in Israel, in China, on the Boul’Mich’.* Man is uncomfortable in his skin.
And the Great Sense, the True Sense, tells us that the only thing we can do is to set to work in search of the secret of the transition, the “great passage” towards the new being—just as one day we found the passage from ape to man—and to collaborate in our own evolution instead of going round in circles and grabbing false powers to rule over a false life.
But where is the lever of this Transmutation ?
It is within.
There is a Consciousness within, there is a Power within, the very power that strained and strove in the dinosaur, in the crab, in the ape, in man—it strives still, presses farther on, clothes itself in a more and more perfected form as its instrument grows, and creates its own form. If we grasp the lever of that Power, it will itself create its new form, for it is itself the lever of the Transmutation. Instead of letting evolution unfold through millennia of fruitless, painful attempts and useless deaths and fake revolutions that revolutionize nothing, we can hasten the time, we can make a concentrated evolution—we can be the conscious creators of the New Being.

In truth, this is the time of the Great Adventure. The world is closed, there are no more adventures outside : only robots go to the moon and our borders are guarded everywhere—in Rome or in Rangoon, the same functionaries of the great Machine are watching us, punching our cards, checking our faces and searching our pockets— there is no more adventure outside ! The Adventure is within—Freedom is within, Space is within, so is the transformation of our world by the power of the Spirit. Because, in truth, that Power was always there, supreme, all-powerful, prodding evolution on : it was the hidden Spirit growing to become the Spirit manifest upon earth, and if we have trust, if we want that supreme Power, if we have the courage to descend into our hearts, everything is possible, for God is in us.

Satprem
Pondicherry,

27 June 1969

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* The famous Boulevard Saint-Michel in Paris, in front
of the Sorbonne university, which was the scene of the students’ revolt in May 1968.

 

Sri Aurobindo and the Future of the Earth

This text was written for All India Radio on the occasion of Sri Aurobindo’s birth
centenary in 1972.

SOMETIMES a great wandering Thought sees the ages still unaccomplished, seizes the Force in its eternal flow, and precipitates upon earth the powerful vision which is like a power to make real what it sees. The world is a vision growing real, its past and its present are not really the result of an obscure push from the womb of time, a slow accumulation of sediments that fashion us little by little—and stifle us and imprison us—but the powerful golden attraction of the Future pulling us in spite of ourselves, as the sun pulls the lotus out of the mud, and forcing us to a glory greater than either our mud or our efforts or present triumphs could have foreseen or created.
Sri Aurobindo is this vision and this power to precipitate the Future into the present. In a moment he saw, and what he saw the ages will accomplish ; unknowingly millions of men will set out in quest of the new imperceptible tremor that has swept into the earth atmosphere. Thus, from age to age, great beings come among us to hew a great opening of Truth in the sepulchre of the past. And indeed, those beings are the great destroyers of the past : they come with the sword of Knowledge to shatter our fragile empires.
This year, we will be celebrating Sri Aurobindo’s birth centenary. He is known to barely a handful of men, yet his name will resound long after our great men of today or yesterday are buried under their own debris. His work is discussed by philosophers, praised by poets, his sociological vision and his yoga are commented on—but Sri Aurobindo is a living ACTION, a Word becoming real, and every day in the thousand circumstances that seem to rend the earth and topple its structures, we can witness the first ebbing of the Force he set in motion. At the beginning of this century, when India was still fighting British domination, Sri Aurobindo declared : “ It is not a revolt against the British Government [ that is needed ] . . . . It is, in fact, a revolt against the whole universal Nature.”
For the problem is fundamental. It is not a question of bringing a new philosophy to the world, or new ideas, or so-called illuminations. It is not a question of making our Prison more livable, or of endowing man with ever more fantastic powers—armed with his microscopes and telescopes, the human gnome remains a gnome, pain-ridden and helpless. We send rockets to the moon, but we do not know our own hearts. It is a question, says Sri Aurobindo, “of creating a new physical nature which is to be the habitation of the Supramental being in a new evolution.” For indeed, he adds, “the imperfection of Man is not the last word of Nature, but his perfection too is not the last peak of the Spirit.” Beyond the mental man that we are, there opens the possibility of another being, who will take the lead of evolution as man one day took the lead of evolution among the apes. “If,” says Sri Aurobindo, “the animal is a living laboratory in which Nature has, it is said, worked out man, man himself may well be a thinking and living laboratory in whom and with whose conscious co-operation she wills to work out the superman, the god.” Sri Aurobindo has come to tell us how to create this other being, this supramental being—and not only to tell us, but to do it, to open the path of the future, to precipitate upon earth the rhythm of evolution, the new vibration that will replace the mental vibration—as a thought one day came and disturbed the slow routine of the beasts—and will give us the power to shatter the walls of our human prison.
But this prison is already crumbling. “ The end of a stage of evolution,” announced Sri Aurobindo, “is usually marked by a powerful recrudescence of all that has to go out of the evolution.” Everywhere about us, we can see this paroxysmal shattering of all the old forms : our borders, our Churches, our laws, our morals are collapsing on every side. They are not collapsing because we are bad, immoral, irreligious, or because we are not sufficiently rational, scientific or human, but because we have done with being human ! Because we have done with the old machinery—because we are in transition to SOMETHING ELSE . The earth is not going through a moral crisis, but through an “evolutionary crisis.” We are not moving toward a better world—or a worse one—we are in the middle of a MUTATION toward a radically different world, as different as man’s world was from that of the apes of the Tertiary. We are entering a new era, a supramental Quinquenary. We leave our countries, roam the world in search of drugs or adventure, we go on strike here, enact reforms there, rise in one more revolution—but all this is a mere appearance. Unknown to ourselves, we are in search of the new being ; we are right in the midst of a human revolution.
And Sri Aurobindo gives us the key. The sense of our own revolution eludes us possibly because we are trying to prolong what is, to refine it, improve it, sublimate it. But the ape might have made the same mistake in the midst of the simian revolution that produced man ; it might have sought to become a superape, more skilful at climbing trees, at hunting and running, a more agile and mischievous ape. With Nietzsche, we too sought a “superman” who was nothing more than a colossalization of man, or with the spiritualists a supersaint more richly endowed with virtue and wisdom. But we have no use for human virtue and wisdom ! Even carried to their highest heights, it is the same old poverty gilded over, the glorious reverse of our tenacious misery. “ Supermanhood,” says Sri Aurobindo, “is not man climbed to his own natural zenith, not a superior degree of human greatness, knowledge, power, intelligence, will, . . . genius, . . . saintliness, love, purity or perfection.” It is SOMETHING ELSE, another vibration of being, another consciousness.

But if this new consciousness is not to be found on the peaks of the human, where, then, shall we find it ? Perhaps quite simply in that which we have most neglected since we entered the mental cycle—in the body. This body is our base, our evolutionary foundation, the old stock to which we always return, and which painfully compels our attention by making us suffer, age and die. “In that imperfection,” Sri Aurobindo assures us, “is the urge towards a higher and more many-sided perfection. It contains the last finite which yet yearns to the Supreme Infinite . . . . God is pent in the mire . . . but the very fact imposes a necessity to break through that prison.”  There lies the old, never-cured Malady, the never-changed root, the dark matrix of our misery, hardly different today from what it was in the time of the lemurs. It is this physical substance that we must transform, otherwise it will pull down, one after another, all the human or superhuman devices we try to graft on it. This body, this physical, cellular substance contains “almighty powers,” a dumb consciousness that holds all lights and all infinitudes no less than mental and spiritual immensities do. For, in truth, all is Divine, and if the Lord of all universes does not reside in a single little cell, he resides nowhere. It is this dark primeval cellular Prison that we must break open ; and until we have broken this one Prison, we will continue to go round vainly in the golden or iron circles of our mental prison. “ These laws of Nature,” says Sri Aurobindo, “that you call absolute . . . merely mean an equilibrium established by Nature . . . . It is merely a groove in which Nature is accustomed to work in order to produce certain results. But if you change the consciousness, then the groove also is bound to change.”
Such is the new adventure to which Sri Aurobindo invites us, an adventure into man’s unknown. Whether we like it or not, the whole earth is moving into a new groove—but why should we not like it ? Why should we not collaborate in this never-attempted adventure, in our own evolution, instead of endlessly repeating the same old story, instead of chasing artificial paradises that will never quench our thirst, or otherworldly paradises that leave the earth to rot along with our bodies ? “Why begin at all if it’s to get out of it !” exclaims the Mother, the continuer of Sri Aurobindo’s work. “What’s the use of having struggled so much, suffered so much, of having created something which, in its outer appearance at least, is so tragic and dramatic, if it is only to learn how to get out of it ? — It would have been better not to begin at all ! . . . Evolution is not a tortuous path that brings us back, somewhat battered, to the starting point. Quite the contrary, it is meant,” says the Mother, “to teach the whole creation the joy of being, the beauty of being, the grandeur of being, the majesty of a sublime life, and the perpetual development, perpetually progressive, of this joy, this beauty, this grandeur—then, everything has a meaning.”
This body, this obscure beast of burden we inhabit, is the experimental field of Sri Aurobindo’s yoga—which is a yoga of the whole earth, for, understandably, if a single being amidst our millions of sufferings succeeds in taking the evolutionary leap, in working out the mutation of the next age, the face of the earth will be radically altered and all the so-called powers we glory in today will look like childish games before the radiance of this almighty spirit in a body. Sri Aurobindo tells us that it can be done—not only that it can be done, but that it will be done. It is being done. And perhaps everything depends not so much on a sublime effort of humanity to transcend its limitations—for that is still using our own human strengths to free ourselves from human strengths—as on a call, a conscious cry of the earth to this new being which she already carries in herself. All is already there, within our hearts, the supreme Source which is the supreme Power— only we must call it into our jungle of concrete, we must understand our own sense ; the amplified cry of the earth, of these millions of men and women who have had enough of their prison, who can no longer bear it, must open a crack through which the new vibration will burst in. Then all the apparently ineluctable laws that bind us in their hereditary and scientific groove will crumble before the Joy of the “sun-eyed children.”
“ Expect nothing from death,” says the Mother, “life is your salvation. It is in life that you must transform yourself. It is on earth that you progress, on earth that you realize. It is in the body that you win the Victory.”
“ Nor let worldly prudence whisper too closely in thy ear,” says Sri Aurobindo, “for it is the hour of the unexpected.”

Satprem
Pondicherry,
9 december 1971