LES DERNIERS JOURS DE SATPREM ET SUJATA

Extrait de « Sujata Nahar – Loving homage »
Édité par Nirmal Nahar & Anurag Banerjee

Satprem fit sien le défi d’atteindre l’Inatteignable. Il s’aventura tout d’abord  dans l’ascension des plans de conscience pour atteindre le Supramental – la région de la Conscience-de-Vérité absolue. Sa tâche suivante fut de fixer la conscience Supramentale dans son corps physique. Cette rare prouesse fut également accomplie par lui. Un de ses proches collaborateurs avait noté que sa main était comme du plomb fondu; après tout, c’était là le corps dont chaque cellule était pleine  à craquer de conscience..
La seule tâche qu’il restait à accomplir à Satprem était la complétion de la transformation du physique qui conduirait à son tour à la conquête de la mort. Il travailla infatiguablement pour trouver la clé qui résoudrait ce mystère et peut-être la trouva-t-il car il a été rapporté qu’il  informa par écrit un de ses proches associés: « Je suis arrivé au bout ». Il y a des années de cela, Mère avait prophétisé que Satprem irait jusqu’au bout et cela  prit trois décades pour que la prophétie se réalise. Le matin du 17 Décembre 2006, Satprem dit à Sujata: « C’est la victoire, une victoire, la victoire de notre Mère, la victoire de Mère pour la terre. Il n’y aura plus de mort. » Il en fit la preuve par lui-même lorsqu’au début Avril 2007 il mourût en descendant dans la mort mais finalement ressuscita. (Il répétait ainsi une prouesse que Mère avait accomplie en Avril 1962). Il fût alors emmené dans les appartements de Sujata qui était assez souffrante à ce moment-là. Il prit ses mains dans les siennes et dit: « Ma Douce » – un adieu final à celle qui fut sa compagne constante dans la vie, la sadhana et la mort. Ainsi, lorsqu’il quitta son corps physique le 9 Avril 2007, ce ne fut pas la « mort » au sens ordinaire. Il avait probablement préparé pour lui-même le nouveau corps et passa juste dedans sans aucune interruption de conscience et en maintenant la continuité de sa personnalité. Ainsi, il n’était pas question de faire revivre le vieux corps matériel. Et quand une telle chose est faite, le vieux corps périt. Il avait déjà fixé la conscience Supramentale dans son corps physique, mais il nous faut comprendre qu’il n’a pas supramentalisé son corps. C’est pourquoi, comme Sri Aurobindo et Mère, il a du quitter son corps physique. Un homme-humain ne peut devenir un homme-divin directement. L’être supramental viendrait à travers êtres intermédiaires que Mère a nommé Surhomme.
L’impossible mission yoguique de Satprem fut accomplie parce qu’il avait Sujata comme collaboratrice . De même que Sri Aurobindo put ascensionner vers sa siddhi grâce à la constante collaboration de Mère, Satprem put également accomplir le rare exploit yogique de tirer la lumière supramentale dans son corps parce que Sujata elle-même était une sadhika de tout premier ordre. Elle était le système de soutien de Satprem. Sur le plan physique, Satprem était presque impuissant sans Sujata. La fameuse déclaration de Mère à propos de Sri Aurobindo: « Sans lui, je n’existe point; sans moi, il n’est point manifesté » est toute aussi appropriée dans le cas de Satprem et Sujata. À la différence de Satprem, Sujata n’a pas fait beaucoup de révélations sur sa vie intérieure mais lorsqu’il lui arrivait de partager ses visions occultes et ses expériences spirituelles, il était évident qu’elle aussi avait atteint un niveau enviable dans la hiérarchie de la conscience spirituelle. Il y avait beaucoup de choses dont elle devait s’occuper sur le plan matériel et elle gérait les activités des deux mondes (celui spirituel intérieur et celui matériel extérieur) avec la plus grande perfection. Elle était la Shakti derrière la sadhana de Satprem. Ils étaient considérés, à juste titre, comme les « âmes soeurs ». Même la mort ne put les séparer bien longtemps car Sujata choisit de suivre Satprem dans l’autre monde dans les trois semaines après son départ physique.

 

À propos de Satprem et Sujata:
Extrait d’une interview avec Nirmal Nahar (frère ainé de Sujata)
Par Anurag Banerjee

Parlez-nous de leur vie à partir de 1978, c’est-à-dire après qu’ils se soient installés à Kotagiri.

Au début, nous n’avons eu aucun contact pendant plusieurs années. J’ai commencé à lui rendre visite après des années. Quelquefois je recevais des lettres de Sujata. Satprem n’écrivait pas. C’est seulement lorsqu’il m’envoyait des livres qu’il écrivait une ligne dedans. J’ai commencé à lui rendre visite probablement à partir des années 80 ou 90… En ce temps-là, Satprem me parlait de sa sadhana et des difficultés auxquelles il était confronté. Il était très  perturbé à la vue de la détérioration de la scène politique de l’Inde. Et il insistait toujours sur le fait que cela devait être complètement brisé, réduit en miettes comme cela (geste de frapper la paume gauche avec le poing droit). Trois ou quatre ans avant son départ, comme il n’était pas bien, il nous était conseillé de ne pas aller là-bas car Sujata s’occupait de lui et ne pouvait consacrer aucun temps à quoique ce soit d’autre.
Les membres de la famille de Monsieur Baron venaient rendre visite à Satprem. Ils le tenaient en haute estime; Il était très respecté en France. Après qu’il ait quitté son corps, La France et d’autres pays européens lui ont fait beaucoup de publicité mais aucune publicité ne fut faite en Inde…

Qu’avez-vous observé du développement de la sadhana de Satprem ?

Il était toujours en concentration profonde. Parfois il marchait en se soutenant avec sa main reposant sur mon épaule mais la plupart du temps c’était Sujata qui le soutenait. Cela parce qu’il était incapable de prendre soin de lui-même. Il n’était pas conscient de son bien-être physique. Et parfois il s’asseyait sur le seuil de la maison; on s’asseyait là et il me parlait ou simplement méditait. Près d’un buisson sur la pelouse de leur maison il y avait un petit Shiva-lingam auquel il offrait régulièrement son adoration. Et il y avait une statue de Nandi (le taureau, véhicule de Shiva) à l’entrée; chaque jour, le matin, il allait lui offrir des fleurs.

En 2006, Satprem avait envoyé une note à Kireet Joshi dans laquelle il avait écrit: « J’ai atteint le but. » Quel était le but auquel il faisait référence ? était-ce la complétion du processus de transformation physique ou de fixation de la conscience supramentale dans sa conscience physique ?

Ça je ne sais pas. Auparavant, il m’avait écrit qu’il avait atteint le but. Ce que je sais c’est que la Lumière supramentale était venue dans son corps. Il y avait une radiance particulière dans tout son corps. Cela je l’ai observé. La façon dont il marchait montrait qu’il n’avait pas conscience physiquement de son propre corps, c’est pourquoi Sujata devait s’occuper de lui.

Dites-nous quelque chose de la sadhana de Sujata-di.

Sujata était très silencieuse à propos de sa sadhana. Elle avait atteint un très haut niveau dans la sadhana. Mais elle n’a jamais rien révélé à ce sujet excepté ce qu’elle a dit dans ses conversations privées. Elle racontait certaines de ses expériences qui révélaient qu’elle avait atteint un très haut niveau. Nous pouvions comprendre que sa conscience était à un niveau très élevé. La conscience supramentale était présente en elle mais elle vivait de manière si simple et elle pouvait  si bien s’adapter qu’il fallait le voir pour le croire. Elle avait une profonde compassion et cela irradiait d’elle.

En Novembre 2006, j’avais reçu une lettre de Sujata-di dans laquelle elle avait écrit à propos de Satprem: « Il est plongé profondément dans ses nouvelles expériences… tandis qu’il suit les pas de Sri Aurobindo et de Mère. » Mais dans les cinq mois nous avons appris le départ de Satprem suivi de celui de Sujata-di. Pouvez-vous nous dire ce que vous savez de leurs derniers jours ?

Satprem n’est pas tombé malade. Il avait complètement perdu conscience de son être physique. Il ne savait pas lui-même ce qu’il faisait. C’est pourquoi Sujata devait s’occuper de lui jour et nuit parce que sa condition était très intense dans les six derniers mois avant qu’il ne parte. Sujata n’avait pas le moindre sommeil. Si elle était partie au lit la nuit, Satprem appelait tout à coup « Ma Douce » alors naturellement elle devait s’occuper de lui constamment. Sa santé se détériora graduellement et elle aussi se retrouva clouée au lit. D’après mon neveu Pratip qui l’a vue avant sa mort, elle n’était même pas en condition d’être emmenée dans un hopital et elle n’était pas très consciente. Ma soeur Suprabha et Pratip furent les derniers auxquels elle parla.

Ne lui avez-vous pas parlé ?

Non, nous n’avons pas eu de conversation. Presque un mois et demi avant que Sujata ne parte, lorsque je l’avais appelée accidentellement elle avait répondu au téléphone. C’est la dernière fois que nous nous sommes parlés. Nous avons juste échangé des plaisanteries. Avant qu’elle ne quitte son corps elle était dans un état semi-conscient pendant plusieurs jours. J’étais à Palitna à ce moment-là. Je l’appelais tous les jours pour m’enquérir de sa santé. Je suis rentré à Calcutta le 3 Mai 2007. Le jour suivant au matin Suprabha m’a dit que Sujata était partie.

Qu’est-il advenu des restes mortels de Satprem et Sujata ?

À Land’s End, c’est-à-dire sur la pelouse de leur maison à Kotagiri, Satprem et Sujata ont été enterrés côte à côte près du buisson où le Shiva-lingam était placé.

Dites-nous quelque chose du rôle qu’a joué Sujata-di dans la sadhana de Satprem.

En une phrase je peux dire: Sans Sujata Satprem était incomplet. Et sans Satprem Sujata n’aurait peut-être pas accompli autant. Sujata avait une belle âme depuis son enfance qui s’est développée sous l’aile de Mère et Pavitra et a fleuri en compagnie de Satprem.

 

Addendum

Ce qui suit est une brève description des derniers jours de Satprem et Sujata Nahar qui me fut rapportée par Shrimathi Suprabha Nahar, la plus jeune soeur de Sujata Nahar et par Kireet Joshi.
Deux mois avant qu’il ne quitte son corps, Satprem avait dit: « Le travail est fait. » Sa fin vint le matin du Lundi 9 avril 2007. Le dernier mot qu’il prononça en prenant son petit déjeuner fut: « MA ». La dame qui s’occupait de lui l’aidât à se lever du lit et à s’asseoir sur le canapé à côté. Alors qu’elle était partie ouvrir les rideaux pour faire de la lumière dans la pièce, elle entendit deux sons gutturaux. Elle s’approcha de Satprem et vit qu’il avait quitté son corps en position assise avec un oeil fermé et l’autre regardant une photo de Sri Aurobindo. La nuit suivante, son corps a été mis au repos dans son jardin.
Sujata Nahar était déjà alitée quand Satprem a quitté son corps. Elle avait cessé de parler et indiquait seulement si elle désirait prendre ou non la nourriture liquide qui lui était donnée. Occasionnellement elle appelait: « Ma, Ma ». Le 4 Mai 2007, exactement vingt cinq jours après le départ physique de Satprem, la dame lisait un passage de l’Agenda de Mère (20 Avril 1966,re: Le décès d’Anousouya). Après cela elle lui donna de l’eau à boire qu’elle prit et peu après elle quitta son corps.

(Traduit du texte anglais original par Diksha)

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