Suite à une rencontre lors d’une projection de « L’homme après l’homme » en Mars 2012 à Auroville, l’association « Terre du Ciel » a publié le DVD du film accompagné d’un excellent article dans le n° 19 de sa revue trimestrielle « Sources ».
Nous reproduisons ici cet article auquel nous avons apporté d’infimes corrections.

« En 1981, David Montemurri, réalisateur de la télévision italienne, interviewe Satprem, retiré à l’époque dans les Nilgiri, les Montagnes bleues du Sud de l’Inde, avec sa compagne Sujata. Le couple avait quitté depuis quelques années l’ashram de Pondichéry, le lieu où, trente cinq ans plus tôt, Satprem avait pour la première fois reçu le Darshan de Sri Aurobindo et de Mère, sa compagne spirituelle.
Bernard Enginger – à qui Mère donna plus tard le nom de Satprem – sortait alors d’une rude épreuve : arrêté à l’âge de vingt ans dans la Résistance, il avait passé dix-huit mois dans un camp de concentration. Dévasté par cette expérience, il voyage pour se
reconstruire, puis travaille dans l’administration coloniale de Pondichéry. C’est là qu’il reçoit le message de Sri Aurobindo : « L’Homme est un être de transition » comme un axe pour sa vie.
Satprem quitte un temps l’ashram pour de nouvelles errances, en Amérique Latine et en Afrique, avant de regagner définitivement l’Inde. Après le départ de Sri Aurobindo, il devient pendant près de vingt ans le confident de Mère et le témoin de son expérience évolutive, consignant leurs entretiens, transmis plus tard par la monumentale publication  de l’Agenda de Mère. Jusqu’à son départ en 2007, il écrit de nombreux essais qui font de lui l’un des principaux introducteurs au travail de Sri Aurobindo et Mère, dont il explique la portée et la signification, et participe de près à l’aventure d’Auroville.  A partir de 1982, tout en continuant à écrire et à publier, il se retire définitivement pour rechercher « le grand passage » évolutif vers ce qui suivra l’homme.
« On n’est pas dans une crise morale, on n’est pas dans une crise politique, financière, religieuse, on n’est dans rien de tout ça. On est dans une crise évolutive. On est en train de mourir à l’humanité pour naître à autre chose… » répond Satprem aux questions concernant la crise de civilisation que nous traversons actuellement et l’avenir du monde moderne. Y aura-t-il quelque chose d’autre après l’homme actuel, ou bien faut-il se résigner à la catastrophe et à la disparition de l’espèce humaine ?
Par touches, Satprem expose le travail de transformation initié par Sri Aurobindo et Mère. Ce n’est pas la pensée qui évolue au cours de ce processus, cela se passe au fond des cellules de notre corps, et nous ne pourrons y échapper. C’est cette marche qu’il s’efforce lui-même de poursuivre, tout en montrant au monde que le chemin vers la nouvelle espèce est possible pour l’être humain. Mais la transformation en cours procède entièrement du nouveau, insiste-t-il. Rien de ce que nous connaissons n’est en mesure de faciliter le passage vers la nouvelle manière d’être, qui n’est pas « une amélioration de la prison actuelle », les systèmes actuels, qu’ils soient philosophiques, religieux ou politiques, nous conduisant tous dans une impasse. La solution n’est pas dans l’action, même si, à titre individuel, nous devons agir dans le monde, là où nous sommes.
Cette évolution inéluctable, les horreurs du monde elles-mêmes la facilitent, car « on nous fait cette grâce de tout casser« . Parce que lorsque tout s’écroule, il ne reste qu’un noyau de force, un coeur vivant – c’est l’être. Et c’est cela même qui a la possibilité de traverser et de passer à la prochaine étape. Car il s’agit bien, en effet, de mourir à l’humanité, d’arriver au « rien » afin que quelque chose advienne, que l’on naisse à autre chose. Si peu d’hommes ont « le courage de ce rien-là« , déclare Satprem, nous sommes tous au seuil d’un saut évolutif, et les circonstances nous y contraignent.
Cependant, l’homme a la possibilité de comprendre ce processus, et dès lors il peut y collaborer en descendant dans la conscience corporelle, un espace où l’on découvre que les cellules communiquent avec tout, que le corps peut donc pénétrer partout, et on accède alors à un autre état d’être. »
 

Publicités
Lien | Cet article a été publié dans Inclassable. Ajoutez ce permalien à vos favoris.